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APRES LA LETTRE

paré au décollage

Bombyle

Grand Bombyle (Bombylius major), Saint-Jurs, Alpes-de-Haute-Provence, le 8 mai 2008

 

Plutôt qu'avoir le bourdon, mieux vaut prendre la mouche. Le Bombyle en est une, malgré les piquantes apparences. Les dimensions pinocchinesques de son appareil nasal sont trompeuses : il ne lui sert qu'à fouailler la corolle des fleurs.

Bombardier des bocages,
Le bombyle bombe le bedon
Dans un boucan de bombardon.
Sans bobard, ce bidule est bon !

viens !

Enfants

Viens, Alpes-de-Haute-Provence, le 11 mai 08

 

C’est un pays âpre et tendre qui réconforte sans bercer, un balcon d’ombre et de lumière où toute la Provence se hisse pour mieux contempler ses enfants. D’un vallon de doux vertige à sa cascade de pierraille, d’un chemin de cailloux blancs vers une vague de pins noirs, par un fagot de fermes rousses : partout fredonne la noce lustrale du contraste et de l’harmonie.

Pays de surplombs et de saillies, la Haute-Provence est aussi un escalier lézardé entre les abîmes charnels de chênes et le ciel changeant, d’où s’abattent presque ensemble les plombs de la grêle, le soleil en bleu de chauffe et les foudres de martinets. Et ces villages ! Rien que leurs noms, déjà, inventent des histoires : Simiane-la-Rotonde, Revest-des-Brousses, Céreste, Opédette, qui ne riment jamais mieux qu’avec la blandice des grillons et les falbalas des fauvettes.

(sans titre)

Chat

Montvendre, Drôme, le 3 mai 2008

"Un monde sans mélancolie, c'est un monde où les rossignols se mettraient à roter." - Cioran

entrefermé

Grange_2

Saint-Mury Monteymond, Isère, hiver 2008

 

Je m'éloigne quelques jours, comme je me l'étais promis (ouf! Il est des promesses qu'on arrive à tenir pour soi-même). Profitez bien vous aussi de ces montées de sève, allons-nous en courir dans la vie, dans toutes ses audaces et ses éclats, la Nature n'a jamais été aussi belle qu'en ce moment ! A bientôt.

 

PS : Quelqu'un viendra arroser les fleurs d'ici dimanche...


du bleu au rouge

Trefle

Trèfle incarnat (trifolium incarnatum), Montvendre, Drôme, le 3 mai 2008

 

Le hasard des reportages, quel beau métier je fais, m'a conduit la semaine dernière dans une toute nouvelle librairie à Grenoble, les Modernes. En farfouillant dans les rayons à l'étage, je suis tombé sur ça : "J'ai ce que j'ai donné", un recueil de lettres de Jean Giono écrites dès l'âge de 5 ans et jusqu'au jour de sa mort, exhumées et annotées par sa fille Sylvie. Les quelques pages parcourues ce week-end ont confirmé mon attachement à cet auteur. La musique gaie de ses mots, ses phrases pliées de malice et l'immense humanisme qui s'en dégage, on les retrouve intacts dans les lettres qu'il adressait à ses parents, sa famille et ses amis.

J'ai noté plein de noms de villages et de hameaux cités dans ses lettres : là où il a aimé, là où il a écrit, là où ses amis l'attendaient. Je sais depuis à peine un an qu'Aubignane n'existe pas, mais j'ai bon espoir de découvrir d'un peu plus près quelques bornes millaires du long chemin de sa vie, entre Banon, Forcalquier et Valensole. Vivement jeudi !

Giono


 

sauge qui peut

Sauge

Sauge officinale (Salvia officinalis), Montvendre, Drôme, le 3 mai 2008. Au fond, les collines de l'Ardèche.

 

Juste avant que l'obscurité nous rattrape, quand le vert et le noir s'apprêtent à s'épouser et qu'au loin un ciel joue de fausse pudibonderie, c'est le bleu qui triomphe. La sauge, en plein soleil, ne rime qu'à un vague violet cendré. Elle s'étale en grains d'azur profond à la tombée du soir et gonfle en océans, à peine froissés par la brise d'abord, et qui finiront par mugir dans nos rêves exaltés un peu plus tard.

vague d'or

Swakopmund

Swakopmund, août 2003


La barque jaune dansait sur les flots, arrimée à quelques brassées de la crique. Nous avions pris l’habitude de nager jusqu’à elle et de nous installer en son fond, les bras ouverts pour embrasser le soleil qui cuisait nos peaux.

Vous aviez une vingtaine d’années. Nos serviettes sur la plage se touchaient parfois. Un jour de canicule nous avait poussés en même temps jusqu’à cette barque. Nous échangions très peu de mots, moi empêtré dans un anglais scolaire, vous avec cet accent hollandais forcément vélaire. Mais les sourires savaient s’appeler, le vôtre d’un bleu de ciel qui mordait la noirceur à peine masculine de mes quinze ans. Au gré des courants indicibles, nos retrouvailles si loin, si près du monde étaient devenues rituelles. Je guettais votre arrivée sur la plage et aussitôt j’allais m’embarquer. Vous me rejoigniez, parfois très tard et après de longs détours, parce qu’il ne fallait rien laisser deviner de notre secret. Cette connivence quasi muette me fascinait. Le silence clapoté et le confinement du petit bateau attisaient chaque jour un peu plus le trouble de votre présence. Aujourd’hui encore, je pourrais compter les gouttes d’eau qui perlaient sur vos bras veinés de sel. Vos yeux saphir, vos dents régulières et éclatantes entre vos lèvres offertes font toujours tinter mes sirènes. Et c’est la même brûlure encore que celle qui troua ma chair immobile lorsque vous vous laissiez glisser le long de mon ventre. Je ne comprenais pas votre dévotion mutine et appliquée sur ce corps que vous m’aidiez à découvrir, moins encore ces dilacérations soudaines au bout de moi. Mais que faut-il comprendre de ce que l’on aime ? Je ne vous touchais pas, ce plaisir m’effrayait trop. A chaque fois, ma pauvre raison m’ordonnait de vous rayer de mon été au plus vite. Et chaque soir au fond du lit me revenait déjà l’envie de vous retrouver le lendemain. A la même place, sous le même soleil. Je n’espérais rien d’autre que ce soleil à partager, remettant jour après jour ce privilège instable sur le tapis de la complicité passive.

Un jour où la tramontane de l'après quinze août s’était levée, la barque tangua vide dans les vagues. Vous m’aviez peut-être dit au revoir, je n’ai jamais compris les mots qui avaient escorté vos gestes de la veille. Ils sèchent encore sous le vent, comme ces étoiles de mer ornées d’épines que les vagues abandonnent à la fin de l’été.

free music

(L’air saturé d’humidité des rivages coquets et des forêts de pluie crée des effets d’estompage que renforce la lumière rasante des couchants et des matins. Et je me rêve déjà à Fort Cochin entre deux averses de mousson. Entre deux souvenirs…)

plus qu'assez du crustacé

Stradivarius

Crabe violoniste dans la mangrove de Kuala Selengor, août 2005

"Tout ce que je sais, c'est qu'il y avait dans l'histoire un homme qui s'appelait Eros et que la rose l'appelait en mourant. Le coeur de la peinture, c'est parfois le coeur même de la terre, quelque chose qui bat quelque part." (Jacques Prévert, Fragment d'une lettre adressée à Mayo)

où trouver des morilles en Isère?

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La cueillette et le muscari, Parc naturel régional du Vercors, Isère, le 26 avril 2008

Incroyable, le nombre de requêtes Google avec cette question ces jours-ci! La Morille semble passionner bien des Internautes de ma région, et à juste titre car c'est franchement un champignon délicieux (le meilleur, goût personnel, devant l'Hygrophore de Mars, également printanier, et l'Oronge : comment ça, je vous nargue?). Il ne faudra cependant pas compter sur ma candeur légendaire pour divulguer les coordonnées gps de mes coins, ni même des noms de communes : la Morille "se mérite", comme on dit fièrement, et ses fragiles stations ne doivent pas subir les assauts des foules. Les guides mycologiques proposent suffisamment d'indications écologiques pour permettre à chacun d'apprendre à renifler le champignon. Je suis rarement rentré bredouille d'une balade sous des frênes, spécialement si ceux-ci sont mélangés à quelques sapins ou des ormes : savoir reconnaître un arbre, c'est presque gagné. Après, il faut aussi l'oeil, car la petite éponge brune sait se camoufler dans la broussaille. La Morille aime les coins chauds et éclairés, et plus encore en ce printemps plutôt capricieux : nous l'avons trouvée ces dernières semaines uniquement sur les versants sud et sud-est des massifs de la Chartreuse et du Vercors. Elle a poussé en plaine juste après les chutes de neige de Pâques, mais elle est en retard sur les piémonts de Belledonne. Si les conditions météo de ces derniers jours se maintiennent (tiédeur et humidité etnre deux périodes de franc soleil), elle devrait grimper rapidement les pentes montagneuses pour culminer jusqu'à 1800 mètres début juin. Allez, courage, dans un mois vous vous consolerez avec les premières girolles !

vorace et âpre aux grains

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bourgeon de Noisetier, parc naturel régional du Vercors, le 26 avril 2008

Le printemps s'offre des repas d'ogre ces jours-ci. Avril finit de dévorer le paysage. Dans les camps retranchés des versants nord, on se prépare à l'ingestion finale. Les derniers rameaux qui avaient encore échappé aux vertes mâchoires se rendent à une cruelle évidence, colportée par les salives matinales : il n'y aura de salut pour personne.