Tasik Chini, Malaisie, le 13 août 2005
Elles passent le matin devant vous, elles vous frôlent et vous changez la cadence de vos pas. Elles ont posé un regard léger sur votre front, en chantonnant l'air de rien, en soulevant derrière elles un peu d'écume de rêve. Graciles, gracieuses, on les dirait amoureuses, à coup sûr, toujours, coulées dans le bonheur d'aimer. Leur sillage embaume un parfum d'été, on devinerait presque la moiteur des lits qu'elles n'ont pas faits. On voudrait les accompagner, porter un bout d'elles, prendre un geste, une voix, qui nous dirait que oui peut-être pourquoi pas, un café près du comptoir et on verra, dénouer des phrases timides sur leurs yeux comme des lacs ou des forêts, tout ce qu'elles auraient déjà entendu cent fois sans se lasser. Mais elles se pressent, vous avez hésité, ce serait trop hardi quand même, elles sont passées si vite, elles ne vous ont peut-être pas regardé finalement, et le bitume est gris et vide et le ciel un peu jaune.
(enregistré au dictaphone dans la voiture le 18 janv 06. Bande-son : Casa - Morelenbaum & Sakamoto)



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