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APRES LA LETTRE

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juin 2007

les monts près du ciel

Petite_eglise_2

environs de Cervières, Hautes-Alpes, le 6 juin 2007

Des taches d’ombre et de lumière dévalaient les pentes. Des papillons de toutes les couleurs saluaient leur passage en rondes rythmées et les fleurs frissonnaient dans les vagues du vent. C’était un spectacle d’une surprenante mobilité, dans un décor qu’on eût dit pourtant voué à l’uniformité et à la permanence.

Rien n’est jamais figé, je sais. Le gel, la pluie, la neige font gémir même les falaises et chanter les dunes, comme les océans les plus profonds enflent et soupirent sous la lune. Mais il est des moments de la vie où l’on aime croire que tout s’enracine, que tout va durer toujours. On a même construit des églises pour se donner l’éternité apparente des montagnes. C’est pourtant sur l'aile des papillons et au gré des fleurs que l’âme vagabonde, disparaît et rejaillit un peu plus loin. Là est la continuité du monde, son cœur infatigable, dans la poussière voltigeuse des cent milliards de siècles à venir, dans le désordre gracieux des bourrasques d’automne et le voyage mystérieux de nos chères grands-mères.

dans mon plumier (17)

Heron

Héron cendré (Ardea cinerea) - Grey heron, Aiguamolls de l'Emporda, Espagne, le 25 juin 2007

Et toujours les hérons m'inspirent une mélancolie, même au soleil des gais marais. Leur attitude dégingandée, leur paletot de lune, leur oeil absent, leur solitude ont quelque chose à voir avec la vieillesse. Et il y a cette magnifique chanson d'Angelo Branduardi, les Hérons, qui leur rend hommage avec tristesse et solennité :

"Voilà
Que la terre en vain se baisse
Pour ramasser toute chose
Que le vent toujours dispose
Pour l'oubli et l'au-delà,
Le vent sans amertume
Ronge les vieilles brumes
Des plages grises de brumes
Des corbeaux, des rapaces
Qui ont conquis l'espace
Là-bas où s'évanouissent
Tous nos étés...

Là-bas,
Où la dernière graine
Sera sans fruit, sans germe
La terre, sans joie, sans peine
La terre oublie déjà
Qu'ici dans un autre âge
Des hérons en voyage
Volaient là par centaines
Là où les corbeaux viennent
Envahir tout l'espace
Là-bas où s'évanouissent
Tous nos étés...
"

où subsiste encore son écho

Dsertion

La Casse Déserte, Hautes-Alpes, le 10 juin 2007

Elle s'était contentée de poser sa tête sur mon épaule, pour toute réponse à mes questions.
Dans son coeur, des chagrins dont je n'ai pas su la raison.
Dans ses yeux, les lumières dont je ne connaîtrai pas exactement la source.
Comme le vent qui glisse au front des montagnes, le sentiment de solitude dépasse toujours un peu l'amour.

big time

Con_summer

Empuriabrava, Costa Brava, Espagne, le 24 juin 2007

l'heure d'été

La_punaise

Hétéroptère sp. - Montvendre, Drôme, le 6 juillet 2006

La hussarde brève d’un criquet, la fontaine amollie du bassin. Et juste derrière, la blanche courtine d’un silence qu’étire à l'infini le bleu du ciel. Sur le cadran solaire le temps reste introuvable. L’ombre est devenue si courte et la distance si longue de l’une à l’autre que la seule idée de chaque pas condamne déjà à l'épuisement. Les ruelles du village se sont resserrées, la vie qu’on devine derrière un volet s’est accrochée à peu de choses, à un demi-souffle, à la moiteur du front d’un enfant. Ce soir, peut-être, si la brise, cette nuit, si la nuit peut revenir…

vautours en exil

Vautour

Vautour fauve - (Gyps fulvus) - Griffon vulture, Parc naturel régional du Vercors, Drôme, le 28 octobre 2006

Panique dans le ciel européen : une armada de 200 vautours fauves survolait les environs de Bruxelles ce week-end. Des rapaces ont aussi été aperçus un peu partout en France et jusqu’aux Pays-Bas, à plus de 1200 kilomètres à vol d’oiseau de leur Espagne natale. Ce phénomène d’erratisme, observé depuis l’hiver dernier, prend de l’ampleur. Il recoupe des observations pyrénéennes de tentatives de prédation sur du jeune bétail affaibli, du jamais vu pour un oiseau qui ne s’en prenait jusque là qu’aux animaux morts. C’est la faim qui pousse cet éboueur de la nature à changer son comportement. En Espagne, les vautours ne trouvent plus leur nourriture.

Ornithologues et éleveurs espagnols avaient pourtant réussi à nouer une collaboration fructueuse en installant des « muladares », zones de dépôt des animaux tués par accident ou par la foudre, pour offrir leur pitance aux vautours. Ce partenariat a été mis à mal, d’abord par une directive européenne de 2003 qui interdit le dépôt à ciel ouvert du bétail mort, suite à l’affaire de la vache folle. En s’appuyant sur ces textes, pourtant assouplis depuis deux ans, les provinces espagnoles ont soutenu massivement la construction d’incinérateurs de carcasses. L’enjeu financier de telles installations ne permet pas d’envisager leur fermeture, même si des voix s’élèvent pour dénoncer le manque de transparence des dossiers.

Cette situation est en train d’anéantir les résultats de quarante ans d’efforts de protection. Elle entraîne aussi une dégradation de l’image du vautour auprès des éleveurs, qui voient d’un œil noir l’ombre de ces rapaces affamés au-dessus de leurs troupeaux. Les médias n’aident pas à la compréhension du problème. Un récent reportage sur TF1 s’était contenté d’expliquer l’attaque supposée des vautours sur des agneaux par la « prolifération » (sic) du rapace en Navarre et en Aragon. Alors que les populations de Vautour fauve y sont désormais en chute libre…

dans mon plumier (16)

Paroare_hupp

Paroare huppé (Paroaria coronata) - red-crested Cardinal, Esteros de Iberra, Argentine, le 17 août 2006