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APRES LA LETTRE

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août 2007

l'éternité à portée de main

Ubirr

Ubirr, parc national de Kakadu, Northern Territory, Australie, le 3 août 2007

 


Tout au nord de l'Australie, le parc de Kakadu offre ses 20 000 km² à la préservation d'un patrimoine unique. Boisements d'eucalyptus, marais, savane sèche et escarpements d'ocre abritent une diversité d'espèces animales et végétales prodigieuse. C'est aussi un territoire culturel et historique d'exception, coeur de la civilisation aborigène, comme en témoignent les nombreuses peintures rupestres. Un sentiment puissant de recueillement vous invite dès que l'on s'élève sur l'un des empilements rocheux. Le ciel, si vaste, semble porté par chaque élément du paysage, par les ombres et le silence. Glissent, glissent les nuages et demeure toujours l'éblouissement, tragique et réconfortant à la fois.

travailler en Australie

Pont_sydney

Sydney, le 29 juillet 2007

 


Dans l’avion entre Bangkok et Sydney, une jeune ingénieure française installée depuis six ans en Australie m’a expliqué pourquoi travailler là-bas présente plus d’avantages qu’en France. Dès qu’on débarque, c’est vrai, le travail semble abondant. Un peu partout, les commerces recherchent du personnel, spécialement dans les sites touristiques où les inscriptions staff required fleurissent sur les portes. Le taux de chômage moyen s’établit sous la barre des 5 % pour 2006. Pratiquement du chômage frictionnel : on n’y est pas encore en France ! La durée moyenne de recherche, pour du personnel non qualifié, est d’environ une semaine, d’après des statistiques que j’ai récupérées plus tard.

La clé de ce dynamisme n’est pas un mystère : une très grande flexibilité du travail, qui va jusqu’à autoriser parfois des contrats conclus à l’oral. Des hiérarchies réduites et des sourires omniprésents garantissent généralement de bons rapports sociaux. Ajoutez à cela des salaires supérieurs jusqu’à 30 % à ceux des Français sur des emplois très qualifiés, et vous comprendrez pourquoi l’Australie attire tant de monde. Surtout que le coût de la vie est dans l’ensemble légèrement inférieur au nôtre (à part la bouteille d’eau minérale à 2,5 euros dans certains coins).

La durée du temps de travail, ai-je appris aussi, n’est pas uniforme. Elle est négociée par branches, allant de 38 à 42 heures environ. Les Australiens disposent de quatre semaines de congés payés par an. La protection sociale ? Le salarié est automatiquement affilié à un régime d’assistance médicale, Medicare, moyennant 1,5 % du salaire imposable. A noter que ce système n’est pas disponible aux étrangers qui travaillent sur le territoire depuis moins de deux ans. Il faut dans ces cas-là souscrire à une assurance privée (assez chère), comme le font d’ailleurs un tiers des Australiens pour compléter la couverture de Medicare (qui ne rembourse pas les frais dentaires par exemple). Le système de retraite, largement assuré par la collectivité, est plus proche du modèle français que des autres pays anglo-saxons. Certaines entreprises financent elles-mêmes une partie de la future retraite de leurs salariés.

83 % des immigrés en Australie ont encore leur job après six mois d’activité, dont 10 % à des postes d’encadrement. Un quota de 95 000 nouveaux étrangers par an a été fixé par l’administration fédérale. Obtenir sa green card n’est évidemment pas simple. Les conditions d’accès se sont récemment durcies avec l’introduction d’un test de connaissance du pays, portant sur 200 questions. Les moins de trente ans qui veulent goûter de manière provisoire au pays auront intérêt à se procurer un visa Vacances Travail. Ce dispositif leur permet de bosser sous le soleil australien pour financer leurs vacances durant un an (reconductible sous conditions).

Des infos utiles pour les candidats au départ :

http://www.ccife.org/australie/

http://www.centrelink.gov.au/

http://www.immi.gov.au/

(merci à Elise)

l'Australie, terre astrale?

Skippy

Wallaby agile (Macropus agilis), Katherine Gorge, Northern Territory, Australie, le 6 août 2007


L’Australie, j’en rêvais depuis l’enfance. Cette grosse patate germée en bas à droite sur les cartes Vidal Lablache m’intriguait, m’attirait. Dans ma petite tête remplie de songes, la série télé Skippy le Kangourou et l’album de Tintin Vol 714 pour Sydney avaient dessiné ce pays comme une contrée à part, un endroit du monde spécial, hostile et prodigieux à la fois, aux paysages de légende et peuplé de créatures étranges. Projet souvent différé par les infortunes de la vie, le cinquième continent a donc conclu ma série de voyages lointains entamés en 2003.

L’impression que j’en retire à chaud est très positive. Je ne crois pas m’être aussi souvent émerveillé en voyage, j’ai même cru entrer au paradis, pardonnez-moi l’ingénuité de la formule, en plongeant mon regard sous les eaux de la Grande Barrière de Corail. L’approche d’animaux quasi mythologiques, Wallabies, Koala, Ornithorynque, Opossum, Renard volant et tous ces lézards bizarres qu’on appelle encore Dragons, a renforcé si besoin était ma passion pour la vie terrestre. La découverte des légendes aborigènes, la relation de magie créée voilà plus de 40 000 ans entre l’Homme et la Nature, m’a aussi beaucoup questionné sur notre devenir commun. L’Australie, un territoire grand comme les Etats-Unis, avec à peine plus de vingt millions d’habitants : vous imaginez l’espace disponible pour le rêve et l’espoir.

Je crois que les Australiens, du moins ceux issus du settlement, ont conscience de leur bonheur. Mieux : ils savent le communiquer. Quand nous autres Européens geignons sans cesse sur notre sort, le front bas, les Aussies n’arrêtent pas de trouver la vie « fantastic », le regard qui brille et les bras ouverts. Ce n’est pas une erreur de boussole si plus de 30 000 jeunes Français de moins de 30 ans sillonnent actuellement le bush, émigrés en quête d’une vie différente, ailleurs que dans les couloirs souvent kafkaïens de notre Hexagone.

Les arguments pour contraster l’image de l’Australie ne manquent pas. Le succès du modèle australien repose sur une dynamique de colonisation, avec tous les effets pervers qu’un tel mouvement entraîne. L’établissement des Européens à la fin du 18e siècle a provoqué de graves désordres écologiques, avant une récente prise de conscience qui commence à porter ses fruits. Elle a surtout précipité la déculturation, sinon le génocide d’une partie du peuple aborigène. Les perspectives de réconciliation sont longues à entrevoir après une gestion, perpétrée jusqu’à la fin des années 1960, qui ne fut pas sans rappeler l’apartheid sud-africain dans certains états. Le drame se prolonge. Dans certaines villes traversées comme à Tennant Creek, dans le Northern Territory, j’ai vu des aborigènes survivre dans des conditions de sous-prolétariat. L’actuel gouvernement, très conservateur, s’est aussi aligné sur les positions de George Bush, que ce soit le refus du protocole de Kyoto ou l’ingérence armée en Irak. Mais les Australiens ne sont pas dupes et ne pardonnent rien à John Howard. Les derniers sondages avant les élections législatives prévues cet automne laissaient espérer un changement d’administration dont on peut aisément supposer qu’il renforcera le lien culturel et politique avec l’Europe.

(Photo spéciale dédicace à Armelle, qui adore les animaux à euh... grandes oreilles)

repartir du bon pied

Fillette_rose_dos

Magnetic Island, Queensland, Australie, 25 aout 2007


 


Merci pour tous vos commentaires qui ont permis au blog de survivre tout au long de ce mois sans moi. J'espère que vos vacances ont été bonnes, malgré cet été apparemment pourri en France (en Australie aussi il a plu, fait exceptionnel en hiver). Des bonnes résolutions pour la rentrée? La mienne est une vieille antienne : développer de nouveaux projets professionnels, et donc réduire le rythme du blogging - comme je me le souffle chaque année à la même époque, quand la tête et le coeur, nourris à mille mamelles, restent assoiffés d'autre chose...

lignes brisées

Erg

Erg Chebbi, Maroc, avril 2005


 

N’est-il pas de géométrie plus savante, de ligne plus monumentale que celle tracée par le vent et vernie par le soleil ? Dans le désert, il y a deux artistes : le souffle du ciel est architecte, l’astre ébloui est peintre. En son creux, l’oasis livre une guerre indolente à son ombre : figés dans un contre-jour implacable, les palmiers font figure de soldats vains. Leurs grands sabres épineux, ils les brandissent contre une torture sans haleine, contre d’illisibles perspectives ennemies. Nulle échappée : le haut mur oblique des dunes érige une prison aiguë, dont les parois semblant danser sous la chaleur ne sont que le reflet de l’âme déjà, encore, éternellement, vacillante.

gobe le globe

Mouche

Treffort, Isère, le 22 octobre 2005


A quelle heure vont-ils enfin oser rêver du monde tel qu’il est ? Et quand s’éprendront-ils de la vie ? Comment réussissent-ils à ne pas s’interroger, si ténus si ternes dans ce cosmos qui les écrase ? Pourquoi ne voient-ils la planète que d’une seule et infime extrémité, sans jamais la considérer toute entière ? L’émotion, le mystère, la fragilité essentielle, le miracle, en admettront-ils un jour la richesse immense ?

youtube de l'été (4)


Great Lake Swimmers - Dancing With The Modern Lovers

Je les connais depuis peu. Troublants et fragiles Canadiens. Le paradoxe des musiques les plus belles, c'est que leur simplicité apparente ennuie souvent à la première écoute. Heureux les opiniâtres...