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APRES LA LETTRE

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septembre 2007

les derniers jours de la naissance

Naufrag

(Réserve des Hauts-Plateaux du Vercors, Drôme, le 29 sept. 07)


La neige précoce a ouvert le ventre de la montagne. En sont sortis des insectes que l'herbe et la terre cachent d'ordinaire aux oiseaux. C'est comme une seconde émergence, une nouvelle offrande printanière. Tout grouille plus vif sur ces tapis blancs qu'un redoux déjà déglace. Avril, presque, d'un fil. Mais les arbres sont muets et les fleurs flasques : nous sommes de l'autre côté de l'année et chaque soubresaut du soleil, chaque génuflexion du criquet ressemble aux lentes, mais lentes, convulsions de l'agonie.

l'imprudence

Lamenace

(marais de Mamukala, Northern Territory, Australie, le 2 août 07)


"Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir

Tu perds ton temps
A mariner dans ses yeux
Tu perds ton sang

Tel Attila
Tel Othello
Tu te noircis
Dans quoi tu te mires
Dans quel étang

A l'avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider

A l'avenir
Laisse venir
Laisse venir
L'imprudence (...)"

(A.Bashung - J. Fauque)

la station balnéaire

Seashore

(Cairns, Queensland, Australie, le 21 août 07)

[Cela pourrait s'appeler le miracle de la lumière tellement le soleil de ce matin révèle les choses... L'orage n'a cessé de bousculer la nuit et maintenant tout reluit d'un vernis neuf, quand bien même ce vernis éclaire aussi les solitudes et les fige à la manière du mobilier urbain, un peu comme dans une toile d'Edward Hopper - extrait du carnet de voyage, 21/08/07]

après les papillons

Coeur_sec

(Col du Fau, Monestier-de-Clermont, Isère, le 22 sept. 07)

monarque sans trône

Monarque_sans_trone

(papillon Monarque, Red Bank River, NT, Australie, le 11 août 07)


"Je ferai comme sa corolle me l’a soufflé, je ne dirai rien. Je me glisserai en elle sans rien voler, elle m’emportera dans ses nectars sans me prendre. Dans les saisons qui passent, on me retrouvera là, suspendu à ses larmes comme à ses rires, dévolu à ses soupirs."

On découvrit après sa mort combien ce papillon était riche. Riche de secrètes étoiles, riche de miels bus, toute une vie à l’ombre d’une fleur aux jupes retroussées vers d'autres ciels.

Combien sommes-nous à nous être accrochés ainsi, sans espoir de rien, juste à occuper nos jours en attendant quelques heures de leurs nuits ?

dans mon plumier (19)

Podarge

(Podarge gris/Tawny Frogmouth - Podargus strigoides, Howard Springs, NT, Australie, le 31 juil. 07)

Le Podarge est l'un des oiseaux les plus étranges qu'il m'ait été donné de rencontrer. Pas vraiment une chouette, pas tout à fait un engoulevent, il vit essentiellement la nuit, avaleur de petits rongeurs et de gros insectes souvent capturés au vol. Le jour, il dort contre un tronc d'arbre, camouflé par son plumage cryptique.

dernières lueurs

Mount_sonder

(Mount Sonder, West MacDonnel Range, Northern Territory, Australie, le 11 août 07)


Ces soirs-là, la vie se rendait à sa plus simple évidence et nous en étions ses spectateurs émerveillés. La lumière devenait si pure et les ombres si accueillantes qu'on pouvait enfin se laisser frôler par l'intuition de l'immortalité. Toute fatigue du jour évanouie, c'est un sentiment d'abandon qui rebondissait, de vague en vague, jusqu'à la crête et au-delà, dans tous les mystères qui l'imprégnaient. Heureux, oui, de s'abandonner à ces mouvements immobiles, à rebours du temps, des chagrins et des colères. Heureux d'être au monde jusqu'à vouloir s'y dissoudre et disparaître de la scène.