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octobre 2007

la maison de mes rêves

Maison

Taman Negara, Malaisie, le 8 août 05

Il y a quelques pages blanches au milieu de mes carnets de voyage. Des petites pertes de connaissances, des dilutions, sauvées in extremis par une photo. De cette fin d’après-midi du huit août deux mille cinq, je n’avais gardé qu’un très vague souvenir. Je me rappelle maintenant qu’elle fut l’une des plus humides de l’été. Il eût sans doute été plus sage de rester à l’auberge en attendant que l’orage fut complètement évacué mais il me démangeait trop de repartir à l’aventure avant la nuit. Le village s’enfonçait déjà dans le silence lorsque je le quittais, quelques volets se repliaient derrière mon passage. Sur la forêt régnait une clarté rubigineuse. Le chemin coupait à travers les hévéas, aussi raide et sinueux qu’un serpent, et une boue grasse et orangée lestait mes semelles. Je dus parfois m’agripper aux racines et aux lianes pour éviter de glisser sur des armadas de sangsues, dressées devant moi comme des clous. Un écureuil volant se mit à hurler dans les branches, effarant les calaos rhinocéros, ces oiseaux qu’on ne voyait jamais et dont le cri sourd et creux se démultipliait au loin à une vitesse prodigieuse. Au bout de mon effort, j’atteignis cette clairière. Je fis le tour de la maison. Rien d’autre qu’un drôle d’animal comme une fouine qui faillit me passer entre les jambes. Je vins m’asseoir au bord du talus qui surplombait la jungle vers le village. Le petit animal réapparut brièvement entre des troncs coupés. Des rires d’enfants résonnèrent près de l’étang, bientôt couverts par l’adhân, l’appel à la dernière prière. Je n’avais jamais revu cette photo jusqu’à ce soir, et alors que je cherchais un souvenir pour border ma nuit. Mes endormissements ont horreur de la page blanche.

les leçons de l'automne

Vigne

vigne au-dessus de la vallée du Grésivaudan, Isère, le 27 oct. 07


Il faut continuer.

Guetter la subtilité des nuances et des demi-teintes en chaque chose, en chaque être.

Suivre le concile cuivré des feuilles au bord du vide. Même leur chute a quelque chose à nous dire.

Surveiller la campagne qui couve ses feux, la prairie qui ralentit son souffle, le verger qui s’ébroue sous les noix. Des fatigues naît l’énergie du partage.

Demander la lune aux corneilles, accorder une valse à l’épervier.

S’enlacer à l’amour comme le lierre à son chêne. L’enserrer chaque nuit jusqu’à l’aubier.

Semer l’espoir des chardons dans les jachères. Se piquer de curiosité pour l’aventure.

Chanter les rythmes mouvants du ciel et le désordre.

Ecarter le vent avec nos bras. Plonger dans sa morsure jusqu’au sang des prochaines cerises.


« Notre but n’est pas d’être assis dans un fauteuil et d’acheter tout le blé du monde en lançant des messages le long de câbles transocéaniques. » (Jean Giono, Rondeur des Jours).

le Grenelle de l'environnement

One_planet

(Cape Tribulation, Queensland, Australie, le 14 aout 07)

Effets d'annonce ou rupture véritable ? Certaines des mesures annoncées à l'issue de l'événement laisseraient entrevoir un changement radical de paradigme si elles n'étaient pas assorties de flou sur les échéances. Nicolas Hulot et Hubert Reeves semblaient globalement satisfaits, la plupart des ONG plutôt étonnées dans le bon sens, sauf les plus intégristes d'entre elles. Même le Parti Socialiste se félicite de "mesures à la hauteur des enjeux" (se rappelle-t-il au moins desquels?). Et, comme d'hab', les Verts n'ont pas franchement émis le même son de cloche, de Mamère à Voynet. Un blog intéressant a suivi les débats.

Pour ma part, je reste attentif aux moyens financiers et politiques (quel consensus émergera d'une assemblée UMP tellement hétéroclite sur le sujet?) qui seront mis en oeuvre pour l'application de ces mesures. Mais je salue une initiative qui a réussi à réunir tout le monde (ou presque) autour de la table pour détailler de manière quasi exhaustive les grands problèmes. Tous les médias en parlent, tout le monde autour de moi aussi, on sait tous ce qu'il nous reste à faire. La tâche est énorme, ne perdons plus de temps.

gibier de potence

Flyingfox

(Renard volant à tête grise - Pteropus poliocephalus, Sydney, Australie, le 29 juil. 07)

Dans les parties déboisées de l'Australie, les Renards volants ont trouvé refuge dans les grands arbres des parcs urbains. Des milliers d'individus se perchent parfois sur un seul spécimen, provoquant son affaiblissement progressif. Le danger guette alors les promeneurs, menacés par la chute d'une branche. Voilà comment des espèces animales, tentant de s'adapter aux milieux anthropisés après la disparition de leur habitat d'origine, deviennent indésirables. Un autre cas d'exode encombrant s'est révélé au cours du voyage : le Casoar, oiseau de la taille d'une Autruche, s'aventurait un peu trop souvent dans les jardins des hôtels construits sur son territoire natal. Il est fréquemment capturé pour être relâché dans des lambeaux de forêt de plus en plus restreints. A la demande de touristes aussi fortunés que revêches, incommodés par son comportement jugé envahissant...

ceci n'est pas la campagne (c'est la FNSEA)

Colline2

(Valensole, Alpes-de-Haute-Provence, le 17 mai 07)

De quelle manière le syndicat de l'industrialisation du vivant aura-t-il pesé sur le Grenelle de l'Environnement? Réponse sous peu.

le divorce

Crise

(Crise Carmen, Meylan, Isère, le 18 oct. 07)

"L'amoureux est un artiste qui ne peut plus se passer de son modèle, un artiste qui se réjouit tant de son oeuvre qu'il veut conserver la matière qui l'a engendrée. Supprimer l'oeuvre, il ne reste plus qu'un homme et une femme, supprimer ceux-là, il n'y a plus d'oeuvre. L'oeuvre, quand elle a pris naissance, acquiert sa propre vie, une vie qui est du domaine de l'imaginaire, une vie qui ne vieillit pas, une vie en dehors du temps et qui a de plus en plus de peine à cohabiter avec l'être de chair, inscrit dans le temps et l'espace, qui nous a gratifiés biologiquement. C'est pourquoi il ne peut pas y avoir d'amour heureux si l'on veut à toute force identifier l'oeuvre et le modèle."
(Henri Laborit, Eloge de la Fuite - quel bouquin!)

dans mon plumier (20)

Oedicneme

(Oedicnème bridé - Burhinus grallarius, Kakadu, NT, Australie, le 4 août 07)

L'Australie compte décidément de drôles d'oiseaux. Il existe bien une espèce d'Oedicnème en Europe, nicheuse rare en France, mais pas aussi dégingandée que celle-là. Les Oedicnèmes bridés peuvent être particulièrement bruyants la nuit. Leurs mugissements stridents en choeur, parfois mêlés aux hurlements des dingos, ont semé la panique autour des bungalows - et moi, qu'est-ce que je rigolais!

(On dénombre environ 15 000 couples d'Oedicnèmes bridés en Australie. L'espèce est plus commune au Nord, où ses habitats sont mieux préservés.)