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APRES LA LETTRE

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novembre 2007

la Camargue en danger?

Marais

Aiguamolls de l'Emporda, Espagne, le 30 dec. 05


 


Dans une région PACA ravagée par le béton  (la Côte-d’Azur...) et le nucléaire (l’extravagant gaspillage du projet ITER), voilà qu’on nous annonce la création d’une nouvelle commune, celle de Salin de Giraud, pour le 8 décembre prochain. En soi, cette information pourrait paraître anodine, ce ne serait que la 36 783e commune à naître en France. Oui, mais voilà : Salin de Giraud, futur ex-hameau d’Arles, est située au cœur du parc naturel régional de Camargue. Les revenus qu’elle tire de l’exploitation du sel, sa principale ressource économique, ne réussiront sans doute pas à assurer le développement du village. Et déjà les spéculations vont bon train. La commune pourrait ressortir des cartons de vieux projets d’aménagement touristique. Un scénario prévoit même la réalisation d’une marina de 900 hectares. Cette donnée est à rapprocher du projet de création d’un pont sur le Rhône, en lieu et place de l’actuel bac, afin d’optimiser la liaison routière entre Marseille et Montpellier...

Allez, je ne m’en fais pas trop : le bon sens va triompher des pressions immobilières et bitumineuses. Le Grenelle de l’Environnement est passé par là, on sait que l’expansion économique ne peut plus se calquer sur les anciens modèles du tout-béton. L’Espagne a bien réussi à sauver de la gangrène du tourisme de masse trois grands marais côtiers (les Aiguamolls de l’Emporda, le delta de l’Ebre et les marismas de Donana). Pourquoi la France en arriverait-elle à esquinter ce dernier territoire sauvage provençal qu’est la Camargue, seul site de nidification du Flamant rose en France, refuge de plus de 400 espèces d’oiseaux, cette plus grande zone humide côtière d’Europe ?

terminal beauty


Durant ces sinistres années 1980 plombées par les synthés Bontempi et les boîtes à rythmes, peu de musiciens réussissaient à me faire vibrer. Mes émotions musicales de lycéen boutonneux étaient principalement frappées du sceau de la décennie précédente. Sur la scène française, un Johnny Hallyday déguisé en Mad Max s’accrochait à sa ringardise, Bashung était encore trop difficile à suivre et Indochine me faisait surtout rire. Trust et Téléphone mettaient un peu le feu aux poudres dans les boums mais leur attitude manquait de panache et d’originalité. Alors quand Marcia Baila a déboulé fin 1984, avec sa mélodie imparable et son clip-vidéo décalé, j’ai cru au miracle. Des synthés et des boîtes à rythmes, il y en avait dans la musique des Rita Mitsouko. Mais ces instruments étaient savamment détournés, vrillés dans les guitares, concassés dans une énergie post-punk, à la fois désespérée (ah, ces paroles, souvent !) et roborative. Marcia Baila a bouclé dans une formidable gaieté une année personnellement difficile, le morceau deviendrait l’hymne imparable de toutes mes virées en boîte les années suivantes. J’ai aimé l’album The No Comprendo en 1986, ébouriffant d’efficacité, et plus encore le suivant, le très arty Marc & Robert, avec ce formidable Petit Train, un Mandolino City à contre-pied, et le duo avec les Sparks. Je les ai vus en concert en plein air à Grenoble, pendant la tournée de l’album Système D, été 1993 je crois. Le show était chouette mais les nouvelles chansons moins marquantes à mes oreilles. On les a un peu perdus de vus après, parce qu’on rate un jour le coche, parce qu’il y a eu Noir Désir et Louise Attaque, parce qu’on ne peut pas suivre tout le monde, parce qu’il faut faire des choix - presque malgré nous. Mais j’ai continué à aimer la dégaine de Fred Chichin et la folie de Catherine Ringer, leur attitude toujours digne, leur état d’ébullition permanent, leur refus de tout compromis, leur liberté assumée. Le Géo Trouvetou lunaire du couple génial y est parti pour de bon, sur la lune, et c’est bien triste pour le rock français. Surtout que sur la scène, un Johnny Hallyday déguisé en bluesman est toujours au top de la ringardise, Bashung s’absente et Indochine ne me fait même plus rire.

(Terminal Beauty est le - très beau - titre qui clôt le dernier album des Rita Mitsouko, Variety, sorti au printemps)

réponse au pied du mur

Love

rue Colbert, Grenoble, Isère, le 12 nov. 07


Ah non, c’est sûr, l’amour n’est pas dans ce bouquet d’atomes qu’on offre aux dictateurs chinois, fût-ce en invitant sa mère à la cérémonie. Mais l’amour est en vous, que diable, et d’abord dans votre regard ! L’amour est partout pour peu qu’on se donne l’envie d’y croire. L’amour, c’est traverser la campagne creusée de lumière, tourner les pages d’un livre, le même pour la huitième fois, c’est aller dans l’eau comme une pensée qui file, mener à bien son ouvrage, éprouver l’absence comme une langueur, essuyer les lèvres d’un enfant mâchuré de rire et d’étonnement, c'est rôder dans les grands bois fanés, comprendre la nature et deviner ses lois, s’unir à elle sans retenue. L’amour, c’est laisser le vent pincer sa joue, entendre la feuille soupirer, sentir la main du père sur son épaule, observer la mésange qui se faufile sous la poutre, repousser la fatigue pour répondre aux lettres du soir, se revoir, goûter l’heure ensemble, bénir l’aube qui se glisse dans la chambre. L’amour, c’est tout ce que vous ferez de votre vie, tant que vous vivrez nu au cœur, désarmé devant l’autre et fidèle à la migration des oiseaux.

l'amour à mort

Araigne2

Argiope sp., Tennant Creek, NT, Australie, le 8 août 07


L'Origine du Monde, selon Gustave Courbet, c'est parfois aussi sa fin. Dans la famille des araignées Argiopes, le mâle se suicide après deux étreintes. La petite mort, jusqu'à la grande. Tout en poursuivant ses ébats, le fiancé ralentit les battements de son coeur pour les stopper définitivement au bout d'un quart d'heure. Son cadavre reste alors accroché au corps de la femelle, qui s'en nourrira un peu plus tard (après l'effort, le réconfort). Madame devra cependant conserver les organes sexuels du mâle à son extrémité, empêchant ainsi toute autre intromission. Gloire au sacrifié : sa descendance est assurée !

(le suicide sexuel des araignées est une stratégie récemment mise au jour par Daphne Fairbairn, de l'University Of California Riverside)

l'Australie change de cap

Opera_house

Opera House, Sydney, NWS, Australie, le 29 juil. 07

Un sondage dans un journal, le premier qui me passa sous les yeux là-bas, le prédisait déjà. Les Australiens en avaient visiblement ras-le-bol de John Howard, premier ministre ultra-conservateur, féal de George Bush. Avec 53 % des suffrages, le camp des travaillistes vient de remporter les élections législatives en Australie. Kevin Rudd, 50 ans, promet d'engager son pays dans une vaste réforme du droit du travail (je n'en connais pas la teneur, si quelqu'un a des infos?) et de signer d'ici la fin de l'année le protocole de Kyoto. L'Australie était l'un des deux seuls pays développés, avec les Etats-Unis, à avoir refusé de s'engager dans la lutte contre le réchauffement du climat. Le dossier irakien a également joué contre le premier ministre sortant. Rudd annonce déjà un retrait des troupes australiennes l'année prochaine. Le dossier aborigène figure aussi parmi les priorités du nouveau premier ministre, qui veut formuler des excuses officielles au peuple natif et lui octroyer de nouveaux droits.

Vidéo de Kevin Rudd (au second plan à gauche) : l'homme aime visiblement le miel et c'est bon signe pour les abeilles...

bioman et les géants verts

Le_tracteur_est_cass_a_fait_toute_2 L'avantage fiscal accordé aux biocarburants devrait finalement être réduit si l'on en croit le projet de la Loi de finances 2008. L'exonération partielle de la taxe intérieure sur les produits pétroliers passerait de 0,25 à 0,22 euro le litre de biodiesel, et de 0,33 à 0,29 euro le litre d'éthanol. Déjà le Comité  Biocarburants et Biomasse de l'Office national interprofessionnel des grandes cultures s'élève contre cette décision qui intervient alors que les usines à pétrole vert ne sont pas encore construites.

Il faut rappeler que la France prévoit d'incorporer  5,75% de biocarburants en 2008, 7% en 2010 et 10% en 2015. Très contestée, la filière des biocarburants nécessite la transformation de centaines de milliers d'hectares de terres supplémentaires, dont une partie des jachères aujourd'hui cédées à la nature. Les biocarburants ne sont pas non plus la panacée pour faire face à la raréfaction du pétrole et à ses nuisances, puisqu'ils nécessitent du... pétrole pour leur fabrication.

Un moindre engagement de l'Etat dans cette filière reste donc cohérent avec les conclusions du Grenelle de l'Environnement. Il faudra quand même un peu plus de courage politique chez nous pour que les voix françaises contre la déforestation tropicale, accélérée par les perspectives économiques des biocarburants, deviennent un peu plus crédibles.

 

évolutions

Clmatite_des_haies_2



J
e me le suis assez seriné ces derniers temps, Avant La Lettre doit évoluer.
Evoluer pour coller plus précisément à l'identité d'un vrai blog, davantage tourné vers les lecteurs. Il m'apparaît important de lâcher du lest sur tout ce que j'ai envie de dire, de partager, de soumettre, auprès d'une audience qui peut et qui doit s'élargir. Car au-delà de ses effets esthétisants, il s'agit de rendre ce site plus utile, tant aux lecteurs qu'à la cause qu'il défend.
Je profite d'une brève lucarne dans mon planning pour me donner les moyens nécessaires à cette ambition. Concrètement, cela signifie davantage de courts billets croisant mes lectures avec celles des autres sur l'actu environnementale. De fait, la priorité ne sera pas forcément l'image sur ces notes-là. Que mes lecteurs fidèles se rassurent, il s'agit davantage d'une diversification de la ligne éditoriale que d'un changement de contenu. Les petites réflexions sur le temps, la relation avec l'autre, la vérité d'être n'en seront même que plus valorisées grâce aux ponts humains jetés entre elles...
A tout de suite.