AVANT-PROPOS

ME CONTACTER

Facebook

Facebook

APRES LA LETTRE

« décembre 2007 | Accueil | février 2008 »

janvier 2008

le lynx ou la fin du rêve

Sierra

Sierra de Andujar, Espagne, le 4 janvier 2008


On a attendu ici, perchés sur un bout de colline. On a fixé les collines d'en face, toute la journée, presque religieusement, à l’affût du moindre frou-frou. Le Lynx pardelle est apparu en fin d'après-midi, furtivement, à trois reprises. L’animal s'est glissé d'un fourré à un autre, a crié un peu, avant de disparaître derrière un repli herbeux déjà noyé de soir.

Le Lynx pardelle est le félin le plus menacé au monde. Bien plus que le Tigre : il n’en restait, aux derniers comptages de 2004, qu’à peine 110, répartis en trois petits noyaux isolés de 30 à 40 individus dans le sud de l’Espagne. C’est dix fois moins que ce que donnaient les précédents recensements, en 1990. Cent dix, à tout casser. La chute est brutale. Elle fait plus qu’inquiéter, elle désespère. Pour beaucoup de scientifiques, l’affaire est perdue. On donne quinze ans au Lynx pardelle pour terminer son odyssée terrestre.

Et dire qu’au début du 20e siècle, l’espèce était présente sur la majeure partie de la péninsule! Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? Le Lynx ibérique a d’abord souffert de la disparition de sa proie principale, le Lapin de garenne, décimé par la myxomatose. Les braconniers ne se sont pas fait prier non plus pour le dégommer, l’accusant de concurrence déloyale. Aujourd’hui que les chasseurs reviennent à un peu plus de raison, c’est l’aménagement du territoire qui brise les dernières chances de survie du Lynx. Au nom du désenclavement économique promu par notre chère Europe, on a creusé la terre, bouleversé les montagnes. On a tracé des autoroutes un peu partout, transformé les chemins de pierre en larges rubans de bitume, autant de barrières infranchissables quand elles ne sont pas meurtrières. Cantonnées sur des bouts de cailloux isolés, les familles de Lynx ne peuvent plus se mélanger. Maladies consanguines, affaiblissement génétique, jusqu’à ce que la mort s’ensuive.

Lynx

On va attendre quelques années encore, à contempler ce qu’il reste des collines. Rêver du pas feutré du Lynx, espérer sa robe tachetée entre deux vagues de genêts gonflées de vent fier. Un jour il faudra se résoudre à redescendre du promontoire. Et s’en aller gaillardement rejoindre l'immense file des candidats forcés au "désenclavement économique", chez Astérix aux Jeux Olympiques par exemple, en grignotant du popcorn OGM.

[Le Lynx pardelle ou ibérique est une espèce distincte du Lynx boréal, présent dans l'Est de la France, et dont les effectifs, très précaires eux aussi, montrent toutefois des signes de reprise].

dans mon plumier (25)

Anhinga
Anhinga d'Australie (Anhinga novaehollandiae) - Australian Darter, Kakadu, Northern Territory, Australie, août 2007


Mi-cormoran mi-héron, l'Anhinga est aussi appelé oiseau-serpent à cause de ses manières de reptile : des mouvements lents et fiers, des attitudes rampantes et un très long cou une fois déployé.

L'Anhinga est un compagnon fidèle de mes voyages. Bien qu'assez farouche, il se laisse facilement surprendre en train de sécher ses ailes sur un grand arbre au bord de l'eau. L'association internationale Birdlife ne considère pas l'Anhinga d'Australie comme un oiseau menacé. Une cargaison de vidéos consacrées à cette famille d'oiseaux est visible ici.

 

je ne sais pas où on va

La_main_de_margaux

La Buissière, Isère, le 20 octobre 2007


L'affaire de la Société Générale est flippante. Quand bien même Jérôme Kerviel serait un Spaggiari des temps modernes, tout semble indiquer que l'équilibre du système financier mondial ne tient à rien. Les oscillations périlleuses de la Bourse l'ont aussi montré en début de semaine dernière. C'est l'incertitude, l'éther et le virtuel qui assènent leurs lois à double fond, bien mieux que celles que les Etats ont essayé de tricoter dans tous les sens.

Si on peut encore cambrioler un coffre-fort de 5 milliards d'euros, ce n'est pas une nouvelle et énième loi qui va empêcher les Internautes de télécharger de la musique. Le marché du CD poursuit sa descente aux enfers, c'est trop tard pour les majors qui se sont gavées en nous faisant croire qu'Obispo, Bruel et ComPagny étaient les seuls génies de la chanson française.

Ce n'est pas non plus Ségolène Royal qui nous sauvera dans quatre ans et demi. Son passage chez Drucker a confirmé tout le médiocre que je pensais d'elle. Ca ressemblait à une prestation d'Enrico Macias à l'ONU : de la démagogie pur saccharose (fanée), du "rêve et de l'émotion" comme elle disait, certes, mais avec les pommettes tellement reliftées... Il ne lui manquait que la guitare. Carla, tu lui refiles la tienne, pendant qu'on y est?

On ne sait pas où on va? Les merveilleux frères Coen mettent cette question en lumière. Ils interrogent le désert texan, un archange tueur et un shérif désabusé dans ce qui me paraît déjà le film de l'année. No Country For Old Men revisite avec une vraie intelligence de cinéma (chaque plan parle ou fait parler le suivant, putains de plans et de dialogues) les thèmes du road movie, du serial killer et du dérisoire de nos vies, américaines ou pas. Brillant et jubilatoire.

Jubilatoire aussi, le panneau sold-out des Nits en tournée à travers la Hollande. Les Nits? Un groupe de pop parmi les plus créatifs depuis trente ans, et qui se retrouve enfin propulsé dans le TOP 10 dans leur pays de tulipes. Leur euh 22e album, pas encore distribué en France et excellent comme tous les autres, s'annonce d'ores et déjà comme leur meilleure vente. Un peu de justice au milieu de tout ça, pffiou, ça fait du bien (et Tippie en parle très bien sur son blog)!

la menace

La_menace

Scorpion languedocien - Buthus occitanus, Sierra de Andujar, Espagne, le 5 janvier 2008

[travail photographique inspiré des techniques utilisées sur l'admirable photoblog de Diane Varner]

la bête est passée

Barbele

Theys, Isère, le 19 janvier 2008


L’heure où le bleu du ciel glace plus qu’il ne réconforte. L’heure où les sentiments s’ouvrent au désespoir d’aimer. La faim de joies l’a tenue tout le jour et maintenant c’est la peur du vide qui halète derrière le volet. Il n’y a que le silence qui frôle l’épaule, à peine, quand on voudrait qu’une main se pose. Ici, sur ce morceau de cœur froissé, sur cette chair écorchée par les simulacres d’amour, les échardes jalouses, le chardon des chagrins. La bête est passée, et sa fuite agite encore ses sommeils. Les nuits n’arrivent pas à changer de rêve ni les jours leurs habitudes forcées : demain, elle sera là, devant son écran, ses yeux un peu plus sombres guettant les mots qui clignotent et les chiffres entre parenthèses. 

nos vies minuscules

Billard

Cape Tribulation, Queensland, Australie, le 13 août 2007


Passées à amasser les beaux souvenirs, à jouer de la mémoire du bonheur. On s’accroche à ces petits tas, on s’y cramponne parce que tout glisse, doucement, sur le côté.

Dans les sables du temps on a écrit des pages d’amour, sans le voir. On les relit longtemps après, quand il devient plus difficile de regarder très loin devant. C’est comme ça, dans la lumière de l’après-midi, qu’on voit l’amour. Cet amour qui revient frôler le présent et nous soulage de l’avenir.

Et on voudrait que chaque instant continue la belle histoire. Qu’elle se répète de page en page, à peine entamée, intacte. Des petits tas de souvenirs, toujours de la même rondeur. Oui, voilà : il y a exactement quarante ans aujourd’hui que mon père a vingt ans. C’est une chance pour tous ceux qui l’aiment.

la politique de l'éjaculation précoce

Un_poisson_davril_toute_lanne

marché de Tanah Merah, Malaisie, le 20 août 2005


Je n’ai pas d’image moins triviale pour qualifier l’action politique telle qu’on nous la sert depuis (au moins) l’été dernier en France. Ses détracteurs ne s’y étaient pas tellement trompés : la frénésie du candidat Sarkozy aura bien déteint sur les mouvements du président face à ses responsabilités. Emblématique de nombre de ses prestations, sa volonté de relever les quotas européens de pêche témoigne d’un empressement bien regrettable. Hardi petit ! Nos océans sont presque vides mais le chef de l’Etat veut permettre aux pêcheurs de se dépêcher d’aller racler les derniers fonds. Sans aucun souci de long terme, ni pour les stocks ni pour les travailleurs de la mer eux-mêmes, qu’on encourage donc à s’étouffer avec les ultimes arêtes de cabillaud.

Ce n'est pas faire montre de tendresse que de précipiter ainsi les pêcheurs à leur perte. N’aurait-on pas mieux fait de réunir la profession et les syndicats pour lancer un vaste chantier de restructuration du secteur, en reconnaissant au passage la nécessité de désindustrialiser une partie de la flotte ? Eût-il été faire insulte à l’intelligence humaine d'admettre l’impasse de la pêche telle qu’on la pratique depuis trente ans ? A satisfaire aussi bassement les revendications d’une poignée des pêcheurs, on offre à ces derniers, et par là même à l'ensemble des Français, une vision bien raccourcie, sinon vulgaire, de l’action politique. Quand on manie les grands concepts tels que la politique de civilisation, quand on sait prononcer un discours tel que celui qui clôtura du Grenelle de l’Environnement, on est en droit d’attendre autre chose que des agissements à l’emporte-pièce et ces caresses de fier-à-bras. A part ça, j’espère que Carla est heureuse.

(bande-son : "Relax (don't do it when you want to come) - Frankie goes to Hollywood)