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APRES LA LETTRE

Australie

plage avant

Plagistes2_copy

Glace

Otarie2

La mer est encore loin d'ici mais les premiers vrais assauts du soleil printanier font monter des marées de phéromones. Manière de célébrer la surexposition des jupes, l'animalité croissante des regards et les terrasses passées au mode gourmandise.

[Magnetic Island - Queensland, août 2007, Cape Cross - Namibie, août 2003]

s'accrocher

Accrocher

Glen Helen, Northern Territory, août 2007

 

Au sourire des anges même quand ils bavent, à un rayon de lune toute trouée.

S'accrocher à l'épaule d'une ballerine qui court pieds nus sous la pluie et qui chausse du 43.

A son gourmand "Je t'aime jusqu'au fond de mes tripes" et tandis que nous dînons de hure de porc à l'ancienne.

S'accrocher pour s'appartenir un peu, au fil hiéroglyphique des jours mauvais et bons, tous ensemble, tous autant que nous ne sommes pas toujours.

Rester fidèle à l'idée de tenir, tenir bon, tenir vaillant, et ternir encore gagnant, tant que la vie n'a pas fini de nous perdre.

ces arbres qui cachaient des Hommes

Aborigene

vieil Aborigène, Tennant Creek, Northern Territory, août 2007


Il a existé jusqu’à cinq cents langages aborigènes. Aujourd’hui le peuple natif de la grande île ne sait parler que la misère. Les savoirs indigènes furent prodigieux mais ils n’étaient pas convertibles en uranium. Nous avons volé les forêts pour y édifier un désert de cupidité chromée, téléchargé leur art pictural sans jamais nous soucier une seconde des droits d’auteur. L’Occident, qui s’étend désormais jusqu’à Pékin, s’est-il construit sur autre chose que le pillage, l’extorsion et le mépris des différences ?

« Les blancs sont venus un jour avec des buffles de métal. Ils ont arraché des arbres en grand nombre et en quelques jours la terre se trouva écorchée. Sa chair rouge, celle que nos houes ne nous ont jamais révélée, fut exposée au grand jour, comme sur l’étal d’un boucher. Nous regardions cette terre et nous savions qu’elle souffrait. Mais nos fils, émerveillés, n’avaient qu’admiration pour tant de prouesses. Nos arbres géants furent démembrés comme des animaux les jours de fête, mais nous ne ressentions aucune liesse à les voir emportés par des mules bruyantes et fumantes. Un grand silence habitait le ciel que voilait naguère leur ramure. Ce silence devint un vide inquiétant. » (Pierre Rabhi, Parole de terre)

rêver plus pour gagner des peluches

Wallabie_copy

jeune Pétrogale à pieds noirs (Petrogale lateralis) surpris par ma présence à la tombée du soir, West McDonald Range, Northern Territory, 10 août 2007

 

Là-bas, chaque montagne a sa propre espèce de Wallaby : autant de marsupiaux bondissants que de pentes abruptes, une sentinelle pour chaque versant.

Là où la Nature a disparu chez nous, rappelons-la pour protéger les rêves de nos enfants. En France, chaque village devrait avoir sa mare, ses bolets et son hibou. C'est notre mission de désenclavement écologique.

"Il faut que nos idées soient imprégnées d'enfance, c'est-à-dire de générosité pure et de sincérité", Jean Jaurès.

dans mon plumier (28)

Talve

Talève australe (Porphyrio melanotus), marais de Mareeba, Queensland, Australie, août 2007

 

sur la déforestation

Deforestation

paysage des Asherton Tablelands après la déforestation coloniale du 19e siècle, Queensland, Australie, août 2007


Pour l'avoir régulièrement côtoyé au cours de mes voyages, c'est sans doute le drame de la déforestation qui me hante le plus aujourd'hui. Combien de fois ai-je rêvé ces images, où je tente d'accoster les rivages de Bornéo sous des nuages de cendre? J'ai beau remuer dans tous les sens des frondaisons de questions, m'informant régulièrement des évolutions législatives en Indonésie ou au Brésil, je ne vois pas d'issue heureuse. Le Rhinocéros de Java, dont la population est aujourd'hui estimée à... 50 individus, ne pèse pas lourd face aux promesses de profit des multinationales de l'énergie et de l'agroalimentaire. Les marchés mondiaux jouent tous contre la forêt : les usines papetières en Tasmanie, l'huile de palme à Sumatra, l'hévéa en Malaisie et aux Philippines, le soja transgénique en Amérique du Sud... Et pas besoin de brûler du kérosène pour s'en rendre compte : voyagez dans ces contrées via Google Earth, et pointez sur les zones équatoriales du globe. Vous verrez ici d'immenses étendues redessinées à l'équerre, là des tranchées ou des damiers rouges contrastant cruellement avec le vert émeraude.

En plongeant dans les archives de l'Humanité, on s'aperçoit pourtant que la déforestation est un problème ancien. Et pas forcément lié au libéralisme - que certains se hâtent de diaboliser avec tellement d'outrance que cela en devient grotesque et inefficace. La Chine et l'Inde ont arraché 85 à 90% de leurs forêts au plus fort de leur ère socialiste. A la fin du Moyen-Age, la forêt française était bien moins fournie qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ce qui change, c'est la vitesse à laquelle on déboise, privant la Nature du temps de s'adapter un tant soit peu. Ce tragique empressement souligne aussi la hâte de ces contrées d'en finir avec leur sort d'éternels "pays émergents", quitte à sacrifier leur culture et à saboter leurs paysages. Le pillage des derniers rêves en vert est certainement une conséquence tardive de la négligence séculaire des Occidentaux vis-à-vis de ces pays. N'a-t-on jamais su partager nos richesses et accepté de valoriser la différence...

Si seulement le sacrifice de la forêt pouvait assurer un bien-être durable pour tous les habitants de la planète, peut-être trouverait-on une légitimité à raser chaque jour des milliers d'hectares. Est-ce vraiment le cas? Même en se rangeant du côté des 2 % de scientifiques qui pensent que le réchauffement planétaire ne serait pas lié à l'activité humaine et donc à la déforestation, il n'est pas difficile de trouver dix raisons essentielles pour fustiger ce problème gravissime. Et si vous séchez encore, je ne saurais trop vous conseiller d'aller lire "La faim, la bagnole, le blé et nous" de l'indispensable Fabrice Nicolino pour vous faire une idée des réponses...



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culture de l'ananas de la firme américaine Del Monte sur d'anciennes forêts, Costa Rica, août 2004

Le Costa Rica est vanté pour être l'un des derniers pays à avoir gardé sa forêt intacte. Ce n'est pas tout à fait vrai. Si près de 30 % des boisements sont aujourd'hui sanctuarisés, la culture intensive de la banane et de l'ananas y a fait des ravages jusqu'au coeur des communautés indigènes. La déforestation ne raye pas seulement des animaux fabuleux des cartes terrestres, elle est toujours liée à des crimes contre l'Humanité : les Aborigènes d'Australie, les Indiens d'Amérique latine... Et Ingrid Betancourt, qui fut l'une des premières voix à s'élever contre le danger des agrocarburants en Colombie.

autoportrait au sang froid

Ctenophorus

Dragon à queue annelée (Ctenophorus caudicinctus macropus), Glen Helen, Northern Territory, Australie, août 2007


C'est un désert qui commence avec le sourire d'un lézard. Je m'accroche à ma roche, je m'ensable, je m'écaille. Je médite, je m'évite. Je me restaure derrière les stores, où le jour raye les murs comme les barreaux du prisonnier. Dans ma geôle tout gèle. Le sang sédimente, s'extrudent les certitudes. Ventre à terre, je rampe à tout rompre. J'attends du soleil son marteau pour clouer mes ombres au pilori. Il en connaît un rayon, lui, sur l'art d'assommer les mouches.   


(l'autoportrait à la plume est ici)