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APRES LA LETTRE

blanc

candeur

Margaux_clement_copy

Margaux (& Clément), Roissard, Isère, le 30 mars 2008

 

"Faite dans cette matière de paradis... l'enfance...
l'oeuvre la plus belle de l'homme en son recommencement
d'où s'élèvent les destins vers la joie... les heurts d'être, les pleurs,
à l'image des civilisations passées sur la Terre,
qui s'y seront peintes à grandir sur ce fond d'espérance, de ciel plein,
avec le grand nuancier de l'expérience humaine
et qui toutes, à la fin, auront été des études de bonheur... bonheur..."

(Bernard Christin, Inédits)

passage à vide

Vide

Courlis corlieu (Numenius phaeopus), Cairns, Australie, août 2007



"Vous dire l'étrangeté de mes jours, si commune, si banale. Vous dire la lumière de ces jours d'hiver, si folle, si douce. Cette allure de printemps, soudain. Il semblerait que quelque chose ne puisse jamais finir..."
(Christian Bobin, Souveraineté du vide)


free music

le chêne et le chardon

Chardon

Tablas de Daimiel, Espagne, le 30 décembre 2007


L'écologie est une discipline formidable. A chaque problème qu'elle soulève (et nous vivons une époque intensément problématique), elle enrichit en même temps la science naturelle d'une nouvelle espèce d'insecte nuisible. Ainsi ne remerciera-t-on jamais assez Monsieur OGM d'avoir dispersé ses petites graines magiques. Elles nous avaient déjà permis de mettre au jour une merveilleuse ménagerie où copulent les scientistes, les ultra-libéraux, les vieux mammouths désoeuvrés et les agro-industriels. Voici qu'une nouvelle espèce de chancre vient d'être identifiée sous la lumière transgénique : le sénateur. Ses derniers ravages sont tellement éclatants qu'il n'est même pas besoin d'être linguiste pour comprendre la racine de son nom. Sén... Sén...

A propos d'écologie, d'amour du vivant, allez lire le blog d'Yves Paccalet sur les derniers rebondissements sur les OGM dans le monde et en France et profitez-en pour lire aussi son admirable billet sur la fraternité des chênes.


(J'ai très peu de temps pour écrire en ce moment, et cela va durer un peu. Merci de votre patience.)

la politique de l'éjaculation précoce

Un_poisson_davril_toute_lanne

marché de Tanah Merah, Malaisie, le 20 août 2005


Je n’ai pas d’image moins triviale pour qualifier l’action politique telle qu’on nous la sert depuis (au moins) l’été dernier en France. Ses détracteurs ne s’y étaient pas tellement trompés : la frénésie du candidat Sarkozy aura bien déteint sur les mouvements du président face à ses responsabilités. Emblématique de nombre de ses prestations, sa volonté de relever les quotas européens de pêche témoigne d’un empressement bien regrettable. Hardi petit ! Nos océans sont presque vides mais le chef de l’Etat veut permettre aux pêcheurs de se dépêcher d’aller racler les derniers fonds. Sans aucun souci de long terme, ni pour les stocks ni pour les travailleurs de la mer eux-mêmes, qu’on encourage donc à s’étouffer avec les ultimes arêtes de cabillaud.

Ce n'est pas faire montre de tendresse que de précipiter ainsi les pêcheurs à leur perte. N’aurait-on pas mieux fait de réunir la profession et les syndicats pour lancer un vaste chantier de restructuration du secteur, en reconnaissant au passage la nécessité de désindustrialiser une partie de la flotte ? Eût-il été faire insulte à l’intelligence humaine d'admettre l’impasse de la pêche telle qu’on la pratique depuis trente ans ? A satisfaire aussi bassement les revendications d’une poignée des pêcheurs, on offre à ces derniers, et par là même à l'ensemble des Français, une vision bien raccourcie, sinon vulgaire, de l’action politique. Quand on manie les grands concepts tels que la politique de civilisation, quand on sait prononcer un discours tel que celui qui clôtura du Grenelle de l’Environnement, on est en droit d’attendre autre chose que des agissements à l’emporte-pièce et ces caresses de fier-à-bras. A part ça, j’espère que Carla est heureuse.

(bande-son : "Relax (don't do it when you want to come) - Frankie goes to Hollywood)

retour à El Rocio

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On s'était dit rendez-vous dans cinq ans, même jour, même endroit, même heure. Le village gitan d'El Rocio, près de Séville, nous avait accueillis avec une joie et une gentillesse extraodinaires fin 2002. Nous avions alors découvert la tradition des maisons qui s'ouvrent au tout-souriant le jour de l'an, pour partager le verre de l'amitié ou un morceau de fromage. C'est exactement ce qui s'est passé cette première nuit de 2008, même si le froid a quelque peu retardé la fête. Un grand merci à nos généreux hôtes, à leur chaleur et à leurs musiques du coeur. Une mention spéciale à la joyeuse clique qui nous a offert le jamon serrano et les gambas grillées à quatre heures du matin, contre quelques verres d'une anachronique Chartreuse verte...

le godilleur

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Courchevel 1850, Savoie, le 8 déc. 07


 

en redescendant de la montagne

Courchevel

Courchevel 1850, Savoie, le 8 déc. 07


A l'invitation de l'excellente Anne-Sophie, j'ai pu assister aux Ateliers de la Terre, ce samedi à Courchevel. Une journée, la deuxième de ce forum pour le développement durable, consacrée à des sujets aussi cruciaux que :

- le rôle des technologies de l'information dans la sensibilisation à ces enjeux. Les blogs ont été bien sûr évoqués ici. Quelques intervenants ont témoigné leur méfiance quant à la justesse des éléments diffusés sur les blogs, les blogueurs n'étant pas tous des journalistes professsionnels. C'est à mon avis méconnaître le fonctionnement des blogs que de craindre cela (et dans une moindre mesure méconnaître la presse officielle aussi...). Des propos erronés ne passent pas longtemps inaperçus sur les tabloïds virtuels, compte tenu de l'interaction avec les lecteurs. Reste à voir 1) comment les blogs sur l'écologie et la nature peuvent rayonner au-delà du pré carré des convaincus, 2) comment les blogs dits politiques peuvent jouer ce rôle, en introduisant la réflexion environnementaliste dans les débats qu'ils proposent.

- l'appropriation de l'écologie par les acteurs économiques. Où il fut question de greenwashing, pratique qui consiste à utiliser le développement durable comme d'un simple argument marketing. Dans quelle mesure le journaliste peut-il distinguer cette pratique de la véritable implication environnementale d'une entreprise : doit-on, à ces fins, ouvrir des filières "développement durable" dans les écoles de journalisme? Et comment, en amont, imbriquer l'enseignement de la gestion des entreprises dans la problématique écologique? (J'ai noté à ce sujet la création en cours d'un Institut du développement durable à HEC).  "Le développement durable doit être intégré dans toutes les disciplines, et ne doit pas être une chapelle" (Alain Bougrain-Dubourg, Bruno Rebelle et Louis Bériot, de concert).

- l'évolution de l'acte de consommation vers un acte politique. Ce sujet m'a moins passionné. On ne peut pas avoir une consommation durable de masse si l'offre n'est pas structurée en face. Et les effets de mode ont raison de toute pertinence : les écrans plasma consomment quatre fois plus d'énergie que les vieux postes à tube et la seule lessive réellement bio, la noix du Brésil, s'avérant paraît-il inefficace (nous allons encore donner du boulot aux stations d'épuration...).

- la photographie naturaliste en tant qu'outil de sensibilisation. Olivier Grünwald, spécialiste de l'Afrique et des volcans, et Cyril Ruoso, fraîchement revenu de Bornéo ("dans 10 ans, c'est mort") ont livré leur expérience. Apparemment, il y a un gap culturel et sensoriel important entre la France et les pays anglo-saxons. Nous considérons la photographie animale et en particulier celle des oiseaux comme "puérile", "pas vendeuse", alors qu'elle est très appréciée outre-atlantique. Malgré les efforts des photographes pour faire apparaître les animaux tels que des témoins des relations dégradées de l'homme à sa terre nourricière, les directeurs de publication et les lecteurs français ont du mal à se laisser séduire (les statistiques de ce blog me l'avaient déjà laissé craindre...). Un malaise est survenu durant cette discussion : un artiste chinois, qui a réussi à photographier un panda en pleine errance, ne maîtrisait visiblement pas son sujet, parlant notamment de cet ours végétarien comme d'un animal sanguinaire. Un doute s'est installé quant aux conditions de prise de vue de l'animal...

Sur la forme, de nombreux témoignages ont permis de fluidifier des sujets pas toujours simples à traiter. Et les interventions dans la salle ont généralement bien fait rebondir les arguments. Et c'est une intervention vibrante de Jérôme Bindé, directeur de l'Office de la Prospective, à l'UNESCO, qui a conclu ce 2e Forum. Selon lui, le salut de la planète passe par une dématérialisation de la croissance (et non pas par la décroissance, facteur d'aggravation des inégalités sociales) et une orientation de la production de richesses vers le savoir notamment : "remplaçons les atomes par les kilobits!". La rupture qui s'impose doit se détacher à la fois de l'ultra-libéralisme et de Marx, qui ont en commun d'offrir à l'Homme une position dominante sur Terre.  Bindé a aussi donné un chiffre qui fait réfléchir (et éclaire d'un bref espoir) : les sites de la planète les plus riches en espèces animales et végétales représentent à peine 2,5 % des terres émergées.  A eux seuls, ils détiennent 42 % des Vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons). La mise en protection définitive de ces terres ne coûterait que 50 milliards de dollars, soit 0,3 % du PIB des Etats-Unis...