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APRES LA LETTRE

bleu

sauge qui peut

Sauge

Sauge officinale (Salvia officinalis), Montvendre, Drôme, le 3 mai 2008. Au fond, les collines de l'Ardèche.

 

Juste avant que l'obscurité nous rattrape, quand le vert et le noir s'apprêtent à s'épouser et qu'au loin un ciel joue de fausse pudibonderie, c'est le bleu qui triomphe. La sauge, en plein soleil, ne rime qu'à un vague violet cendré. Elle s'étale en grains d'azur profond à la tombée du soir et gonfle en océans, à peine froissés par la brise d'abord, et qui finiront par mugir dans nos rêves exaltés un peu plus tard.

plus qu'assez du crustacé

Stradivarius

Crabe violoniste dans la mangrove de Kuala Selengor, août 2005

"Tout ce que je sais, c'est qu'il y avait dans l'histoire un homme qui s'appelait Eros et que la rose l'appelait en mourant. Le coeur de la peinture, c'est parfois le coeur même de la terre, quelque chose qui bat quelque part." (Jacques Prévert, Fragment d'une lettre adressée à Mayo)

plage avant

Plagistes2_copy

Glace

Otarie2

La mer est encore loin d'ici mais les premiers vrais assauts du soleil printanier font monter des marées de phéromones. Manière de célébrer la surexposition des jupes, l'animalité croissante des regards et les terrasses passées au mode gourmandise.

[Magnetic Island - Queensland, août 2007, Cape Cross - Namibie, août 2003]

un soin particulier

Le_boucher

Lisbonne, décembre 2006

 

Souvent, je me suis attardé devant les magasins, essayant de capter une peu de la vie quotidienne lisboète. "Dis-moi comment tu achètes, je te dirai qui tu es". Le plus improbable, ce fut l'apparition de ce boucher propre comme un sou neuf, et jusqu'au bout des ongles, au coeur d'un quartier délabré. Sa blouse blanche renvoyait tout l'éclat d'un ciel fantasmé.

la prison de mes peines

Geronimes

Monastère des Géronimos, Lisbonne, décembre 06

 

Les mains qui s’ouvrent pour retenir le ciel. Les premières gouttes de pluie étoilent la cour.

On se hâte.

Le thé noir et brûlant qui coule lentement dans la gorge. Je me tords les mains. Les heures passent sans qu’on les compte. Une drôle d’idée d’éternité vient avec l’absence.

Le regard se perd dans des pages au hasard. Parcourir Belle du Seigneur, se raccrocher à ce radeau d’encre et de papier. Il y a maintenant plus d’éclat dans le livre que dans la chambre.

L’amour commence toujours avant qu’on s’en aperçoive. Il nous dépasse quand on le vit et ne se termine jamais vraiment tout à fait à la fin.

L’amour m’a traversé.

Tout au bout des journées de pluie, souvent des flèches de soleil dardent les nuages. Certains voient dans ce tournoi de lumières un signe d’espoir. Mais c’est seulement un bal triste pour nous rappeler toute la douceur que le jour a sanglée - et qui s’effondre maintenant.

n'habite pas à l'adresse indiquée

Vie_creuse

Saint-Martin-de-la-Cluse, Isère, janvier 2008

 

[Ces routes à peine tracées dans la campagne électorale, quand les candidats n'ont de candide que le phonème, faux nom, aux temps où les discours roulent et coulent, Raoul, vers leur inépuisable vacuité.]

à travers l'étang

Ponton

Tablas de Daimiel, Espagne, décembre 2007

 

Il reste très peu d'eau dans les marais de Daimiel. L'agriculture moderne des alentours a tout pris. Si l'on ne fait rien, dans une dizaine d'années, nous n'aurons plus besoin d'emprunter la passerelle pour traverser le site. Pourtant les Tablas de Daimiel sont un parc national : un endroit totalement protégé. Mais on oublie souvent que les milieux naturels communiquent sans cesse les uns avec les autres. La Terre est poreuse. La vie est perméable à la vie. Et tellement aussi à la mort. La vie ne s'arrête ni ne commence là où nous l'avons décrété. Tout vit de tout. La Terre est une et indivisible, comme le ciel au-dessus d'elle, comme l'eau qui s'écoule et comme le coeur des hommes. Le coeur ne sert à rien sans le sang qui lui donne sa raison de battre.