


Huelva, Espagne, janvier 2008
Les signaux de la blogosphère me parviennent brouillés. Une audience ici qui poursuit sa dégringolade, des débats ailleurs qui me navrent par leur tronquage ou leur mauvaise foi, l'insuccès chronique de sites essentiels au bénéfice de la médiocrité éhontée : l'enthousiasme des débuts a laissé place à une amertume passablement résignée. De tout ce que j'ai compris, Internet ne sauvera pas le monde (ne riez pas, j'y ai cru en l'an 2000, mon année christique s'il en fut). Et le blog risque même de précipiter sa chute. Il ne fait que reproduire jour après jour les comportements et les modèles sociaux déjà en place dans le réel. C'est le triomphe du prêt-à-lire, la victoire des grandes gueules crypto-HEC, la suprématie de l'entertainement (avec de très heureuses exceptions). Le reste se partage des miettes à raison de communautés affectives qui ressemblent surtout à des après-midis tricot. Bon, où est-ce que j'ai mis ma pelote de laine rose, moi?
Sierra de Andujar, janvier 2008
Notre croissance économique est au point mort et nos dirigeants, petits cachottiers, ont ficelé le budget 2008 sur des hypothèses sinon fallacieuses, du moins erronées. Croissance en berne, qu’allons-nous faire pour financer les dépenses publiques et préserver sans casse notre modèle social? Appeler Attali à la rescousse, c’est déjà fait : les recettes préconisées par sa chère commission ne plaisent pas aux Français, c’est le moins qu’on puisse dire. Et avant qu’une quelconque politique de relance stimule réellement l’économie, nous nous serons déjà fait tirer l’oreille par l’Union européenne.
Maintenir la dette publique à moins de 3 % du PIB en vertu du pacte de stabilité, voilà qui semble aujourd’hui du domaine de l’impossible sans une coupe franche dans certains postes. Car il est exclu de relever les impôts avec ce glutineux problème du pouvoir d’achat. La marge de manœuvre fiscale du gouvernement est d’autant plus étroite que le taux de prélèvements obligatoires se hisse déjà parmi les plus forts au monde.
Ce n’est pas l’environnement économique international, contaminé par la crise financière américaine, qui va ouvrir de nouvelles perspectives. N’en déplaise à d’indéboulonnables optimistes qui assurent que les grandes crises sont désormais derrière nous (les ultra-libéraux persistent à accorder leur confiance au marché et à lui seul), nous voici engagés dans une impasse aux murs étroits. Les circonstances démographiques parviennent à peine à égayer ce décor : c’est grâce au papy-boom que le chômage se réduit, mais comment peut-on expliquer la grande précarité de ces nouveaux emplois, sinon par l’incertitude économique persistante ?
Dans ce brouillard vient
s’ajouter une nouvelle crainte : le péril écologique. L’eau, l’air, le climat, l’énergie pèsent sur le moral des troupes, consommateurs autant que dirigeants.
L’environnement a un coût dont on commence à peine à mesurer l’incidence
économique. Incidence structurellement positive en partie : la
marchandisation de la protection de l’environnement pourrait bien être l’un des
grands moteurs de la croissance de demain. D’ici là, il nous faudra trouver les
ressources pour financer la recherche de nouveaux procédés de dépollution et de
production d’énergie. L’innovation a besoin d’argent public pour s’amorcer.
C’est l’histoire du serpent qui se mordait la queue…
Esplanade de Cairns, Queensland, Australie, août 2007
Et revoici l’histoire des jours qui me traversent et m’accompagnent, après tous ces jours qui couraient sans moi. Friselis des bourgeons du grand frêne, bruissement des tiges sans stridence, pinson chantant comme un dimanche : j’ai une poignée d’heures à réinvestir dans le temps, je peux repartir à la poursuite de quelque chose sans craindre la morsure du chronomètre. Aussi loin que je peux penser au temps, la nuit ne tombe jamais tout à fait.
Je me demande à chaque fois quelle quantité de vieillesse je me suis injecté pendant le grand rush, quels fluides précieux j’ai perdus dans la bataille. Je regarde mes mains qui se fripent tout doucement aux jointures des doigts. Ca commence. Ca a déjà commencé, au bord des yeux. Mais le temps de ce temps, là maintenant, joue pour moi. J’ai le soleil, son gant comme un onguent, pour cacher les petites lésions. Son éclat pour faire briller comme de la soie le sable où une larme échoue, là. Chut…
Lisbonne, quartier de l'Alfama, une fin d'après-midi de décembre 2006
Et les hommes grillent leur ennui. C'est probablement dans cette ville que j'ai vu le plus grand nombre de fumeurs.
[Je voulais photographier la dame courbée qui grimpait la rue, un peu de cette manière. Et soudain l'homme à la cigarette est sorti de l'immeuble...]
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