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APRES LA LETTRE

jaune

viens !

Enfants

Viens, Alpes-de-Haute-Provence, le 11 mai 08

 

C’est un pays âpre et tendre qui réconforte sans bercer, un balcon d’ombre et de lumière où toute la Provence se hisse pour mieux contempler ses enfants. D’un vallon de doux vertige à sa cascade de pierraille, d’un chemin de cailloux blancs vers une vague de pins noirs, par un fagot de fermes rousses : partout fredonne la noce lustrale du contraste et de l’harmonie.

Pays de surplombs et de saillies, la Haute-Provence est aussi un escalier lézardé entre les abîmes charnels de chênes et le ciel changeant, d’où s’abattent presque ensemble les plombs de la grêle, le soleil en bleu de chauffe et les foudres de martinets. Et ces villages ! Rien que leurs noms, déjà, inventent des histoires : Simiane-la-Rotonde, Revest-des-Brousses, Céreste, Opédette, qui ne riment jamais mieux qu’avec la blandice des grillons et les falbalas des fauvettes.

vague d'or

Swakopmund

Swakopmund, août 2003


La barque jaune dansait sur les flots, arrimée à quelques brassées de la crique. Nous avions pris l’habitude de nager jusqu’à elle et de nous installer en son fond, les bras ouverts pour embrasser le soleil qui cuisait nos peaux.

Vous aviez une vingtaine d’années. Nos serviettes sur la plage se touchaient parfois. Un jour de canicule nous avait poussés en même temps jusqu’à cette barque. Nous échangions très peu de mots, moi empêtré dans un anglais scolaire, vous avec cet accent hollandais forcément vélaire. Mais les sourires savaient s’appeler, le vôtre d’un bleu de ciel qui mordait la noirceur à peine masculine de mes quinze ans. Au gré des courants indicibles, nos retrouvailles si loin, si près du monde étaient devenues rituelles. Je guettais votre arrivée sur la plage et aussitôt j’allais m’embarquer. Vous me rejoigniez, parfois très tard et après de longs détours, parce qu’il ne fallait rien laisser deviner de notre secret. Cette connivence quasi muette me fascinait. Le silence clapoté et le confinement du petit bateau attisaient chaque jour un peu plus le trouble de votre présence. Aujourd’hui encore, je pourrais compter les gouttes d’eau qui perlaient sur vos bras veinés de sel. Vos yeux saphir, vos dents régulières et éclatantes entre vos lèvres offertes font toujours tinter mes sirènes. Et c’est la même brûlure encore que celle qui troua ma chair immobile lorsque vous vous laissiez glisser le long de mon ventre. Je ne comprenais pas votre dévotion mutine et appliquée sur ce corps que vous m’aidiez à découvrir, moins encore ces dilacérations soudaines au bout de moi. Mais que faut-il comprendre de ce que l’on aime ? Je ne vous touchais pas, ce plaisir m’effrayait trop. A chaque fois, ma pauvre raison m’ordonnait de vous rayer de mon été au plus vite. Et chaque soir au fond du lit me revenait déjà l’envie de vous retrouver le lendemain. A la même place, sous le même soleil. Je n’espérais rien d’autre que ce soleil à partager, remettant jour après jour ce privilège instable sur le tapis de la complicité passive.

Un jour où la tramontane de l'après quinze août s’était levée, la barque tangua vide dans les vagues. Vous m’aviez peut-être dit au revoir, je n’ai jamais compris les mots qui avaient escorté vos gestes de la veille. Ils sèchent encore sous le vent, comme ces étoiles de mer ornées d’épines que les vagues abandonnent à la fin de l’été.

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(L’air saturé d’humidité des rivages coquets et des forêts de pluie crée des effets d’estompage que renforce la lumière rasante des couchants et des matins. Et je me rêve déjà à Fort Cochin entre deux averses de mousson. Entre deux souvenirs…)

rêver plus pour gagner des peluches

Wallabie_copy

jeune Pétrogale à pieds noirs (Petrogale lateralis) surpris par ma présence à la tombée du soir, West McDonald Range, Northern Territory, 10 août 2007

 

Là-bas, chaque montagne a sa propre espèce de Wallaby : autant de marsupiaux bondissants que de pentes abruptes, une sentinelle pour chaque versant.

Là où la Nature a disparu chez nous, rappelons-la pour protéger les rêves de nos enfants. En France, chaque village devrait avoir sa mare, ses bolets et son hibou. C'est notre mission de désenclavement écologique.

"Il faut que nos idées soient imprégnées d'enfance, c'est-à-dire de générosité pure et de sincérité", Jean Jaurès.

les secrets de la ruche

Verpe

Verpe de Bohème - Ptychoverpa bohemica, Parc naturel régional de Chartreuse, Isère, le 12 avril 08

Le printemps prend ses aises et ses secrets lentement se démaillotent. Aux premiers saluts du Coucou répond la terre alanguie de tiède soleil, qui ouvre ses ruches. La Verpe n'a pas tout à fait le goût miellé de sa cousine la Morille, mais toutes ensemble dans la même casserole font bourdonner de joie crémeuse.

au bord du monde

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Péninsule Valdès, Argentine, août 2006

 

C’est dans le grand chahut du soir que résonne au plus fort l’appel de l’amour. Le cri du dernier oiseau, l’apparition fugitive et paisible d’un grand cerf. Ponctuations évanescentes d’un monde que nous ne sommes pas autorisés à lire entre les lignes, secondes secrètes volées à la danse indéchiffrable des planètes.

La vraie matière de notre vie ne sera donc faite que de cela, de grains de ciel sans cesse dissous par le chagrin et l’inquiétude. Bonheurs fugitifs, étoiles filantes, sourires fragiles, au milieu du combat de la lumière du cœur contre l’ombre qui nous porte et qui nous happe.

le troisième jour (après la passion)

Cordoue

Cordoue, janvier 2008


L'amour, le désir, la volupté, les jouissances : il n'y a Pâques ça dans la vie.

le parc

Le_parc

Botanic Royal Garden, Sydney, Australie, juillet 2007


Ce qu’il y a de déchirant dans les grands parcs, c’est leur ressemblance avec l’amour après les passions. C’est toujours très beau, les racines ont pris mais l’âme ne transpire plus aux corolles. Les immeubles climatisés tout autour retiennent le souffle qui remuait la chair des arbres. Le mystère n’agite plus les feuillages, les pelouses quantifiées au semis près ne laissent plus percer les nuances. Des fleurs criardes attirent des abeilles sans miel, l’eau se scande par jets métronomiques au-dessus des bassins. On marche, on erre sans se perdre et on s’attarde dans ces allées gravillonneuses, à contempler une poésie domestiquée, ordonnée, rectifiée. Nature taillée, binée, bêchée, bêcheuse. La coupable habileté du jardinier trouve sa longue résonance dans les jours vagues parfumés à la lessive, qu’on entasse avec une géométrie rassurante dans un imaginaire planifié.

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