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APRES LA LETTRE

noir

ces arbres qui cachaient des Hommes

Aborigene

vieil Aborigène, Tennant Creek, Northern Territory, août 2007


Il a existé jusqu’à cinq cents langages aborigènes. Aujourd’hui le peuple natif de la grande île ne sait parler que la misère. Les savoirs indigènes furent prodigieux mais ils n’étaient pas convertibles en uranium. Nous avons volé les forêts pour y édifier un désert de cupidité chromée, téléchargé leur art pictural sans jamais nous soucier une seconde des droits d’auteur. L’Occident, qui s’étend désormais jusqu’à Pékin, s’est-il construit sur autre chose que le pillage, l’extorsion et le mépris des différences ?

« Les blancs sont venus un jour avec des buffles de métal. Ils ont arraché des arbres en grand nombre et en quelques jours la terre se trouva écorchée. Sa chair rouge, celle que nos houes ne nous ont jamais révélée, fut exposée au grand jour, comme sur l’étal d’un boucher. Nous regardions cette terre et nous savions qu’elle souffrait. Mais nos fils, émerveillés, n’avaient qu’admiration pour tant de prouesses. Nos arbres géants furent démembrés comme des animaux les jours de fête, mais nous ne ressentions aucune liesse à les voir emportés par des mules bruyantes et fumantes. Un grand silence habitait le ciel que voilait naguère leur ramure. Ce silence devint un vide inquiétant. » (Pierre Rabhi, Parole de terre)

l'avocat du diable

Lechat

Advocatus diaboli, Montvendre, Drôme, juillet 2006

 

Et Dieu, dans tout chat?

le mal-aimé

Claude_francois

Renard roux (Vulpes vulpes) tiré au fusil et empalé, Le Cheylas, Isère, le 8 mars 2008


"J'ai besoin qu'on m'aime
Mais personne ne comprend
Ce que j'espère et que j'attends
Qui pourrait me dire qui je suis ?
Et j'ai bien peur
Toute ma vie d'être incompris
Car aujourd'hui je me sens...
"

Près de 200 000 renards sont piégés chaque année en France. Les chiffres de tir sont méconnus.

Parce qu'il est permis de rire d'à peu près tout, et que de toutes façons ceci (le renard) explique aussi cela (le blaireau) :

frisson dans la pouponnière

Oeufs_grenouille2

Têtards de Grenouille rousse (Rana temporaria) en formation, Chirens, Isère, mars 2008

 

Une Grenouille rousse pond 3 à 5000 oeufs à la fin de l'hiver. Une belle fécondité qui ne compense pas toujours le très fort taux de mortalité des têtards. On estime en effet qu'un seul sur mille réussit à se transformer en grenouille apte à pérenniser l'espèce, compte tenu des multiples embûches qu'on lui tend.

Déjà, la Nature a affublé le têtard d'une regrettable propension au cannibalisme. Les Tritons s'en font des festins, les Poissons les gobent sans coup férir, et puis tout un tas d'insectes (Dytique, Libellules, Scorpion d'eau...) les harponnent à qui mieux mieux.  Le gel tardif (et il en est prévu cette semaine) détruit aussi les pontes à la surface de la mare. Et celle-ci ne devra pas s'assècher trop vite avant la métamorphose.

Quand la jeune Grenouille est sortie indemne de ce coupe-gorge, il lui faudra attendre trois ans avant d'assurer sa descendance. Et tout ce qu'il peut se passer durant ces trois années ! On n'a pas idée des mauvaises rencontres au détour des chemins creux : une Belette, un Blaireau, un Renard, un rapace, des parasites divers... Le pire danger venant de la disparition du berceau de la Grenouille : plus de la moitié des mares auraient disparu ces vingt dernières années en France.

[Et soudain, je pense aux skieurs et à la fragilité de leur condition. Rendez-vous compte : pour atteindre leur station préférée, il leur a fallu surmonter la grève des aiguilleurs du ciel ou celle de la SNCF, s'enquiller des bouchons à n'en plus finir dans les vallées asphyxiées, affronter le verglas et les éboulements à la montée, faire avec la grève des saisonniers une fois sur place, attendre le retour de l'éclaircie entre deux bourrasques de neige la neige entre deux averses de pluie pour dévaler les pistes, éviter ensuite la chute de la télécabine, slalomer entre deux avalanches, ne pas se battre dans la cohue au pied des remontées mécaniques, bouffer des pizzas frelatées, supporter de devoir payer tout 30 % plus cher que dans la vallée... Skieur - Grenouille : même combat.]

diapauses (2)

Escargots

L'Escala, Espagne, avril 2007

casino pourrave

Monegros

Je me gardais cette région d'Espagne un peu pour moi, cette terre aride, vierge et sauvage, à l'écart des grands axes, loin des rivages ultra-bétonnés et du tourisme de masse. L'Aragon, théâtre des combats de mes aïeux républicains, revient sous les feux de l'actualité pour un tout autre drame. Le gouvernement autonome aragonais vient d'officialiser la création d'un nouveau... Las Vegas,  en plein coeur de cette steppe magnifique.

Une ville de jeux et de loisirs, de béton, de bruit et de bitume couvrira bientôt, d'ici 2015, plus de 2000 hectares de ce coin hautement sensible et merveilleux.  Los Monegros, pour les intimes.  Le projet, baptisé Gran Scala, est la lubie d'un consortium international baptisé ILD, appuyé par les capitaux-risqueurs de l'Union Franco-Arabe. Il englobe la construction de pas moins de 32 casinos et 70 hôtels, 230 restaurants, 500 commerces, 5 parcs d'attraction, un golf, un palais des congrès et un hippodrome. Les investisseurs espèrent drainer ici 25 millions de touristes par an, acheminés par de nouvelles liaisons routières que le gouvernement aragonais s'engage à financer. Au total, la construction de Gran Scala coûtera la bagatelle de 17 milliards de dollars (prévoir au moins le double donc, sans compter les pots-de-vin).

Qui pouvait prévoir une telle tragédie, une si vive défaillance culturelle et humaine à l'heure des grands discours sur le développement durable, l'économie de l'énergie, la préservation des sols ? Dans une région qui souffre déjà du manque d'eau, quels nouveaux faramineux besoins allons-nous devoir satisfaire ? En cet îlot de quiétude sur une planète défigurée par le consumérisme, voilà qu'on vient chier, pardon pour la précision du terme, sur nos espérances, déjà bien déboisées, d'un monde meilleur.

Pour qui s'est rendu dans cette région, minérale, poétique, immense, peuplée d'oiseaux très rares ailleurs (Outardes canepetières, Gangas catas, Sirlis de Dupont), pour qui en a senti vibrer l'âme sèche et profonde, cette annonce fait l'effet d'un déchirement aussi douloureux que la trahison d'un ami cher. Elle montre aussi que l'Espagne, de Franco hier à Zapatero aujourd'hui, n'a toujours pas fait le deuil de son complexe américain. Las Vegas en Espagne? Perd et manque.

Lectures complémentaires (en espagnol) :  Greenpeace Espagne, Publico, Zaragoza Plus, El Pais.

(la petite photo, prise en déc. 2002, illustre les plateaux de Belchite, une région limitrophe de Los Monegros. Je me rends sur place à la fin du mois pour ramener des images du site - il faut faire vite pour immortaliser, le premier coup de bulldozer est prévu le 15 sept. 2008).

terminal beauty


Durant ces sinistres années 1980 plombées par les synthés Bontempi et les boîtes à rythmes, peu de musiciens réussissaient à me faire vibrer. Mes émotions musicales de lycéen boutonneux étaient principalement frappées du sceau de la décennie précédente. Sur la scène française, un Johnny Hallyday déguisé en Mad Max s’accrochait à sa ringardise, Bashung était encore trop difficile à suivre et Indochine me faisait surtout rire. Trust et Téléphone mettaient un peu le feu aux poudres dans les boums mais leur attitude manquait de panache et d’originalité. Alors quand Marcia Baila a déboulé fin 1984, avec sa mélodie imparable et son clip-vidéo décalé, j’ai cru au miracle. Des synthés et des boîtes à rythmes, il y en avait dans la musique des Rita Mitsouko. Mais ces instruments étaient savamment détournés, vrillés dans les guitares, concassés dans une énergie post-punk, à la fois désespérée (ah, ces paroles, souvent !) et roborative. Marcia Baila a bouclé dans une formidable gaieté une année personnellement difficile, le morceau deviendrait l’hymne imparable de toutes mes virées en boîte les années suivantes. J’ai aimé l’album The No Comprendo en 1986, ébouriffant d’efficacité, et plus encore le suivant, le très arty Marc & Robert, avec ce formidable Petit Train, un Mandolino City à contre-pied, et le duo avec les Sparks. Je les ai vus en concert en plein air à Grenoble, pendant la tournée de l’album Système D, été 1993 je crois. Le show était chouette mais les nouvelles chansons moins marquantes à mes oreilles. On les a un peu perdus de vus après, parce qu’on rate un jour le coche, parce qu’il y a eu Noir Désir et Louise Attaque, parce qu’on ne peut pas suivre tout le monde, parce qu’il faut faire des choix - presque malgré nous. Mais j’ai continué à aimer la dégaine de Fred Chichin et la folie de Catherine Ringer, leur attitude toujours digne, leur état d’ébullition permanent, leur refus de tout compromis, leur liberté assumée. Le Géo Trouvetou lunaire du couple génial y est parti pour de bon, sur la lune, et c’est bien triste pour le rock français. Surtout que sur la scène, un Johnny Hallyday déguisé en bluesman est toujours au top de la ringardise, Bashung s’absente et Indochine ne me fait même plus rire.

(Terminal Beauty est le - très beau - titre qui clôt le dernier album des Rita Mitsouko, Variety, sorti au printemps)