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APRES LA LETTRE

vert

paré au décollage

Bombyle

Grand Bombyle (Bombylius major), Saint-Jurs, Alpes-de-Haute-Provence, le 8 mai 2008

 

Plutôt qu'avoir le bourdon, mieux vaut prendre la mouche. Le Bombyle en est une, malgré les piquantes apparences. Les dimensions pinocchinesques de son appareil nasal sont trompeuses : il ne lui sert qu'à fouailler la corolle des fleurs.

Bombardier des bocages,
Le bombyle bombe le bedon
Dans un boucan de bombardon.
Sans bobard, ce bidule est bon !

entrefermé

Grange_2

Saint-Mury Monteymond, Isère, hiver 2008

 

Je m'éloigne quelques jours, comme je me l'étais promis (ouf! Il est des promesses qu'on arrive à tenir pour soi-même). Profitez bien vous aussi de ces montées de sève, allons-nous en courir dans la vie, dans toutes ses audaces et ses éclats, la Nature n'a jamais été aussi belle qu'en ce moment ! A bientôt.

 

PS : Quelqu'un viendra arroser les fleurs d'ici dimanche...


où trouver des morilles en Isère?

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La cueillette et le muscari, Parc naturel régional du Vercors, Isère, le 26 avril 2008

Incroyable, le nombre de requêtes Google avec cette question ces jours-ci! La Morille semble passionner bien des Internautes de ma région, et à juste titre car c'est franchement un champignon délicieux (le meilleur, goût personnel, devant l'Hygrophore de Mars, également printanier, et l'Oronge : comment ça, je vous nargue?). Il ne faudra cependant pas compter sur ma candeur légendaire pour divulguer les coordonnées gps de mes coins, ni même des noms de communes : la Morille "se mérite", comme on dit fièrement, et ses fragiles stations ne doivent pas subir les assauts des foules. Les guides mycologiques proposent suffisamment d'indications écologiques pour permettre à chacun d'apprendre à renifler le champignon. Je suis rarement rentré bredouille d'une balade sous des frênes, spécialement si ceux-ci sont mélangés à quelques sapins ou des ormes : savoir reconnaître un arbre, c'est presque gagné. Après, il faut aussi l'oeil, car la petite éponge brune sait se camoufler dans la broussaille. La Morille aime les coins chauds et éclairés, et plus encore en ce printemps plutôt capricieux : nous l'avons trouvée ces dernières semaines uniquement sur les versants sud et sud-est des massifs de la Chartreuse et du Vercors. Elle a poussé en plaine juste après les chutes de neige de Pâques, mais elle est en retard sur les piémonts de Belledonne. Si les conditions météo de ces derniers jours se maintiennent (tiédeur et humidité etnre deux périodes de franc soleil), elle devrait grimper rapidement les pentes montagneuses pour culminer jusqu'à 1800 mètres début juin. Allez, courage, dans un mois vous vous consolerez avec les premières girolles !

vorace et âpre aux grains

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bourgeon de Noisetier, parc naturel régional du Vercors, le 26 avril 2008

Le printemps s'offre des repas d'ogre ces jours-ci. Avril finit de dévorer le paysage. Dans les camps retranchés des versants nord, on se prépare à l'ingestion finale. Les derniers rameaux qui avaient encore échappé aux vertes mâchoires se rendent à une cruelle évidence, colportée par les salives matinales : il n'y aura de salut pour personne.

 

s'accrocher

Accrocher

Glen Helen, Northern Territory, août 2007

 

Au sourire des anges même quand ils bavent, à un rayon de lune toute trouée.

S'accrocher à l'épaule d'une ballerine qui court pieds nus sous la pluie et qui chausse du 43.

A son gourmand "Je t'aime jusqu'au fond de mes tripes" et tandis que nous dînons de hure de porc à l'ancienne.

S'accrocher pour s'appartenir un peu, au fil hiéroglyphique des jours mauvais et bons, tous ensemble, tous autant que nous ne sommes pas toujours.

Rester fidèle à l'idée de tenir, tenir bon, tenir vaillant, et ternir encore gagnant, tant que la vie n'a pas fini de nous perdre.

pour vivre heureux...

Chenille

chenille de l'Ecaille-Martre (Actia caja), Saint-Martin-le-Vinoux, Isère, le 13 avril 2008

sur la déforestation

Deforestation

paysage des Asherton Tablelands après la déforestation coloniale du 19e siècle, Queensland, Australie, août 2007


Pour l'avoir régulièrement côtoyé au cours de mes voyages, c'est sans doute le drame de la déforestation qui me hante le plus aujourd'hui. Combien de fois ai-je rêvé ces images, où je tente d'accoster les rivages de Bornéo sous des nuages de cendre? J'ai beau remuer dans tous les sens des frondaisons de questions, m'informant régulièrement des évolutions législatives en Indonésie ou au Brésil, je ne vois pas d'issue heureuse. Le Rhinocéros de Java, dont la population est aujourd'hui estimée à... 50 individus, ne pèse pas lourd face aux promesses de profit des multinationales de l'énergie et de l'agroalimentaire. Les marchés mondiaux jouent tous contre la forêt : les usines papetières en Tasmanie, l'huile de palme à Sumatra, l'hévéa en Malaisie et aux Philippines, le soja transgénique en Amérique du Sud... Et pas besoin de brûler du kérosène pour s'en rendre compte : voyagez dans ces contrées via Google Earth, et pointez sur les zones équatoriales du globe. Vous verrez ici d'immenses étendues redessinées à l'équerre, là des tranchées ou des damiers rouges contrastant cruellement avec le vert émeraude.

En plongeant dans les archives de l'Humanité, on s'aperçoit pourtant que la déforestation est un problème ancien. Et pas forcément lié au libéralisme - que certains se hâtent de diaboliser avec tellement d'outrance que cela en devient grotesque et inefficace. La Chine et l'Inde ont arraché 85 à 90% de leurs forêts au plus fort de leur ère socialiste. A la fin du Moyen-Age, la forêt française était bien moins fournie qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ce qui change, c'est la vitesse à laquelle on déboise, privant la Nature du temps de s'adapter un tant soit peu. Ce tragique empressement souligne aussi la hâte de ces contrées d'en finir avec leur sort d'éternels "pays émergents", quitte à sacrifier leur culture et à saboter leurs paysages. Le pillage des derniers rêves en vert est certainement une conséquence tardive de la négligence séculaire des Occidentaux vis-à-vis de ces pays. N'a-t-on jamais su partager nos richesses et accepté de valoriser la différence...

Si seulement le sacrifice de la forêt pouvait assurer un bien-être durable pour tous les habitants de la planète, peut-être trouverait-on une légitimité à raser chaque jour des milliers d'hectares. Est-ce vraiment le cas? Même en se rangeant du côté des 2 % de scientifiques qui pensent que le réchauffement planétaire ne serait pas lié à l'activité humaine et donc à la déforestation, il n'est pas difficile de trouver dix raisons essentielles pour fustiger ce problème gravissime. Et si vous séchez encore, je ne saurais trop vous conseiller d'aller lire "La faim, la bagnole, le blé et nous" de l'indispensable Fabrice Nicolino pour vous faire une idée des réponses...



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culture de l'ananas de la firme américaine Del Monte sur d'anciennes forêts, Costa Rica, août 2004

Le Costa Rica est vanté pour être l'un des derniers pays à avoir gardé sa forêt intacte. Ce n'est pas tout à fait vrai. Si près de 30 % des boisements sont aujourd'hui sanctuarisés, la culture intensive de la banane et de l'ananas y a fait des ravages jusqu'au coeur des communautés indigènes. La déforestation ne raye pas seulement des animaux fabuleux des cartes terrestres, elle est toujours liée à des crimes contre l'Humanité : les Aborigènes d'Australie, les Indiens d'Amérique latine... Et Ingrid Betancourt, qui fut l'une des premières voix à s'élever contre le danger des agrocarburants en Colombie.